Si vous suivez un peu l’actu, vous savez sûrement qu’en ce moment c’est l’e-G8, un « forum » de deux jours, qui est une version électronique du G8. C’est à dire que des acteurs du web, de renommé internationale, se réunissent à Paris pour parler du web avec nos représentants gouvernementaux.
C’est beau sur le papier, et je vais pas m’épancher sur le sujet, les journalistes web le font très bien, on retiendra juste que ça parle plutôt business et régulations fascisantes que liberté, en toute objectivité. Avant de passer à ce qui nous intéresse, juste un point sur l’intitulé du truc : « e-g8 » srsly ? Comme dans e-facture ou e-courrier ? J’aurais préféré un ‘@’ comme dans « déb@t : internet et liberté ». Vraiment classe. En 2001 j’écrivais mon pseudo comme ça : Sylv@in, je peux vous dire que ça avait de la gueule pour un gamin de 15 ans. Et ouais mon pote.

Les beaux-gosses

Toujours est-il que, tout business men qu’ils sont, Xavier Niel, Marc Simoncini et Jacques-Antoine Granjon sont des gamins du web, qui ont commencé à apprendre le php sur les forums dev de voila.fr, donc tu vois déjà, ils savent de quoi ils parlent.
Ils sont partis d’un constat simple : en France il n’existe pas de formations qui t’apprennent à être le Zuckerberg de demain. Soit tu apprends tout seul avec toutes les ressources qu’internet met à ta disposition, soit tu fais une formation généraliste, qui te montre un peu comment ça fonctionne dans l’e-universe. La plupart du temps c’est un peu des deux : tu fais SRC, tu bosses tes talents de graphiste chez toi, puis tu fais les gobelins. Un truc dans le genre.

Alors il faut de la volonté, savoir trouver les ressources qu’il faut, avoir des amis motivés pour bosser sur des projets etc. PAS FACILE FACILE PENSENT NOS AMIS PÉDÉGÉS. Alors ils se sont dit, nous, on veut avoir un vivier (j’adore ce mot, on est tous des petits poissons d’élevage qui s’entre-dévorons) dans lequel piocher, on veut des mecs qui en veulent, des types qui ont des couilles comme ça et sur lesquels investir pour enfin partir à la retraite (mais aussi parce qu’on est de bons citoyens qui veulent relancer l’économie).

Et là Marc – à une partie de poker que Jacques-Antoine était *encore* entrain de gagner (un gros bluffeur) – il balance : « mais les mecs, c’est évident, on fait comme Bataille&Fontaine, on lance une putain d’école de l’internet ! »

L’EEMI – L’école européenne des métiers de l’internet
Et là tu te dis, les mecs, ils connaissent leur job : t’arrives sur le site, bim, des couleurs chatoyantes, des stocks photos d’hommes d’affaire qui se serrent la main MAIS aussi de jeunes blancs derrière des laptops. Une barre de navigation interactive (toi aussi joue au jeu des différences entre l’onglet formations et métiers), ni une ni deux, je clique sur « Documentation », je veux en savoir plus, cette école est faite pour moi :

 

Génial ! Ils me l’envoient par mail ! Comme ça le .pdf sera dans le cloud, je pourrai y accéder de n’importe où ! *génies* :

 

Là, normal, tu lags un peu, genre y’a un truc pas logique mais tu captes pas tout de suite. Puis t’ouvres de grands yeux ronds comme des goatse, tu as compris : je viens de me manger une grosse inscription dans une base optin et je vais me faire spammer par l’école à chaque rentrée des classes (je supposes hein, allez pas m’attaquer en justice).

Un peu les boules hein, mais on poursuit, on dl le document.

On t’apprend que l’école est 100% entreprise, et qu’en plus elle est en partenariat avec trois boites très très connues : Meetic, Free et Ventes-privées (j’ai pas encore compris pourquoi ces trois là mais je reviens vers vous asap as possible)

Elle te choppe après le bac, et te garde pendant 3 ans, elle utilise des termes comme e-commerce, « surfent », vague de l’information et de la communication et puis des punchlines vraiment travaillées du genre « internet est l’enfant (terrible) de la mondialisation » ou « Après le temps des aventures et des expérimentations, internet s’est professionnalisé ».

Mais rien, RIEN ne vaut la signature de l’école : « Plus qu’un diplôme, un métier ! »

J’admire les gens à l’aise avec les mots, alors moi aussi, je veux proposer : « C’est avec des petits riens qu’on fait des grands tout » et autre slogans créatifs débordants d’optimisme. Point d’exclamation jovial.

On enchaine ensuite avec le portrait brossé des trois fondateurs (pour rappel il s’agit de Godric Gryfoondor, Salazar Serpentard et Rowena Serdaigle (pas de place pour les poufsouffle chez nous désolé)) auquels on assigne chacun une couleur (lol J.A Granjon est en ROSE).

Petit blabla sur la formation « up-to-date » (je n’invente rien) et « résolument tournée vers l’entreprise », et puis là, en plein milieu d’un paragraphe :

Non, c’est pas une faute de frappe, on retrouve le terme dans la suite du document. Holy shit.

Après une page sur les formations dispensées (on adorerait avoir le détail du cours « sociologie et culture du web », j’éspère qu’Emmanuel Gadenne y participera <3) on rentre dans le vif du sujet, ce qui nous intéresse le plus au final :

A ce prix là, j’espère qu’on t’offre le test Meetic Affinity pour une période d’essais de 30-jours-hors-frais-liés-aux-services-supplémentaires-souscris-par-l’abonné-a-raison-d’un-abonnement-par-foyer-fiscal-sous-réserve-d’acceptation-de-votre-dossier. Et en plus y’a un concours.

La vérité c’est qu’il y a beaucoup de jalousie dans ce billet, que ça se trouve ça va vraiment être une bonne école et que Sean Paker viendra coucher avec les étudiantes et tout. MAIS BON, ça sent quand même un peu la blague évou ?

(c’est payé combien les cours ? mon mail : sylvain.paley arobase gémail point com jovial)

 

29 thoughts on “L’EEMI, l’école des internets.

  1. J’aurais du faire cette foutue école !

    J’aurais pu du coup monter un facebook like en full internet ! 🙁

    J’aurais ainsi pu siroter du yop sur un yacht au lieu de vendre du facebook à des annonceurs.

    Triste vie … :/

  2. Bien joué.
    J’avais râlé aussi le jour de la sortie de cette formation. Mais c’est bien de continuer à le dire.

    (ceci dit le site de Curiouser n’est tjs pas en html5, je ferais mieux de la fermer).

  3. à partir du moment où il y a « l’internet » dans l’intitulé de l’école, tu sens déjà le fail…

  4. Alors, que dire. Je pense que l’expression « Holy shit » est assez puissant pour exprimer ce que je ressens.

    Mais en attendant, j’ai adoré lire ton article, il est super bien écrit, et particulièrement la référence à Harry Potter, très bien trouvée et placée !

  5. pourquoi c’est meetic qui est en vert et ventes-privées en rose ? il y a eu un vote, une négo, une table ronde ?
    et pourquoi il y a pas orianne garcia de caramail dans leur sainte trinité ? c’est dommage, elle aurait été vachement bien en orange.

  6. Nan mais t’as raison en plus, j’ai développé une technique à base de raccourcis clavier pour ne plus être emmerdé par cette vidéo, c’est ça l’adaptation, LE DARWINISME NUMÉRIQUE.

  7. L’initiative était sympa. J’ai suivi les premières news autour de l’école très tôt. Après côté frais de scolarité… c’est pas viable. On a pas tous les moyens de se payer une école M. Niel.

  8. Les pdg des success stories du net d’ajourd’hui sont les publicitaires d’hier. En 1988, 2 ans après Bernard Brochant avec « Sup de Pub », Jacques Séguéla lançait son école « RSCG Campus » pour former les étudiants aux métiers de la communication et de la publicité. Le slogan « officieux » du grand Jacques : « l’école de la vie ».
    Bon c’était moins cher…

  9. Qu’est-ce qu’elle se fait descendre cette école !

    En même y’a de quoi. J’ai dû mal à croire qu’elle va faire long feu.

  10. Bonjour,
    Le widget de remontée en haute de page qui clignote constamment en bas a droite – sauf pendant le remplissage des champs de texte – est tout a fait insupportable. Petite erreur de design? 😉
    Bonne continuation

  11. Comme c’est mesquin….. Peur de la concurrence d’une autre école ? Au lieu de vous rêver la seule école sur un créneau, vous feriez de montrer à vos étudiants comment faire de cette concurrence une opportunité, cela vous rendrait plus crédible dans le milieu des startups 😛

  12. Par simple souci de neutralité, vous ne pouvez pas vraiment critiquer tant que vous n’avez pas complètement exploré « ce métavers », ces étudiants ont trois ans pour se convaincre et vous comme me convaincre que cette école est un plus pour mener à bien leurs aventures dans la vie professionnelle , créer des startups, etc, et ce, dans l’Internet et tout ce qui y gravite autour, car Internet n’est pas si petit que cela, n’est-ce pas ?

    So, Wait&See

  13. La critique sans objectivité?? L’école est privé, et alors, ce n’est pas la seule, et ça ne sera pas la seule à former des étudiants au métier de l’internet (même si son approche est plutot originale…oui, je sais l’HETIC l’avait déjà)

    Enfin, moi je trouve bien que ça soit les acteurs qui ont le mieux réussi qui prennent part à la formation des nouveaux…parce que c’est bien beau de se la peter web-enfant (comme l’auteur de ce billet), en attendant, le web frenchie, c’est loin d’être la panacé!!!

  14. Tiens @Caliente, ça pourrait t’aider dans ta deuxième vie : http://www.orthographe-pro.fr/

    « et ça ne sera pas la seule à former des étudiants au métier de l’internet (même si son approche est plutot originale…oui, je sais l’HETIC l’avait déjà) »

    Ton disque est rayé ? Ne compare pas la choucroute avec la mayonnaise : l’HETIC est une école en 5 ans, l’EEMI est une école en 3 ans. Ils ont une philosophie différente. Et c’est juste ridicule que HETIC se sente aussi concernée par l’EEMI, voilà ce qui circule désormais sur Twitter : http://t.co/WB6aELLN
    Cela ne sert à rien de faire une campagne AdWords sur le mot-clé « EEMI ». L’EEMI et l’HETIC voient les choses différemment, je le maintiens.

    « parce que c’est bien beau de se la peter web-enfant (comme l’auteur de ce billet) »

    Oh, c’est juste le genre de post pour engendrer du trafic sur son WordPress… Et essaye d’être plus clair ! C’est bien beau d’affirmer que les étudiants de l’EEMI se la pètent « web-enfant », je ne vois pas ce qu’il y a de mégalomane à « étudier ».

    « en attendant, le web frenchie, c’est loin d’être la panacé!!! »

    Certainement, les statistiques en tout genre te diront que tu as entièrement raison. Je te rappelle que l’anglais est la langue internationale du Web. Plus de 65% des sites sont en anglais. Cela ne veut pas dire que les français sont pour autant cons. Ils ont encore le temps de vraiment tirer leur épingle du jeu.

    Quant à moi, je suis chinois et je t’emmerde. Mon Caliente, tu représentes ce qu’il y a de plus crétin dans le Web francophone et j’en suis déçu. Caliente, tu es froid comme vache qui pisse.

    De toute manière, ce sont des conneries : autant fumer sa clope.

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