Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

 

Juste un mot : digital.

Au delà d’être un abus de langage (digital est un mot anglais qu’on décline en genre et en nombre alors qu’il a un faux ami français qui ne veut pas du tout dire la même chose)

Au delà d’être un abus de langage disais-je, le « digital » est un concept culturel qui fait beaucoup de mal, à beaucoup de gens. La société est persuadé qu’il existe deux mondes : le monde réel, et le monde virtuel, c’est à dire internet, ce “cyberespace”.

En 1984, William Gibson écrit un roman dont le personnage est un hacker qui « voit » le monde numérique au sens littéral du terme (penser à Néo à la fin de Matrix) (notez que je n’indique pas le numéro de l’épisode puisque je considère qu’il n’y en a qu’un). Pour décrire ce monde à part du monde physique, il utilise le terme de « cyberespace ». Grosse erreur qu’il confessera plus tard, mais dont il a été obligé d’user pour les besoins de la fiction.

Pourquoi erreur ?

Parce que culturellement, Gibson a introduit un biais beaucoup trop simpliste qui a été repris par tous les chercheurs et penseurs contemporains (pensez « twittos ») et que ce n’est pas juste à coté de la plaque, c’est complètement faux, et je vais vous expliquer pourquoi.

Tout le monde est d’accord pour dire qu’internet fait partie de nos vies. Mais tout le monde le considère comme un média. Dans la publicité par exemple, il y a les médias dits traditionnels, et internet. On parle du “média internet”. Y’a pas plus con que de penser ça. Internet n’est pas une télé qu’on allume, un journal qu’on achète, ce n’est même plus quelque chose auquel on se connecte ! A quand remonte la dernière fois où vous vous êtes dits “tiens je vais me connecter à internet !”. Encore mieux, internet est protéiforme : il n’est même plus dépendant de votre ordinateur. Il est dans vos téléphones, dans votre télé, dans vos lunettes, dans votre voiture…

On ne peut pas non plus dire que la “vraie vie” est plus réaliste, ou plus importante, ou moins superficiel que notre vie “en ligne”. C’est notre vie un point c’est tout, elle s’augmente car on la met en réseau mais le dialogue est constant. On est autant un produit de notre profil Facebook qu’il est un produit de nous. Exemple d’Instagram qui va nous amener à faire des détours dans notre trajet quotidien pour prendre des photos.

Ou l’exemple de Google, qui ne structure plus les données en ligne sur internet, mais qui structure le monde. PUISQU’INTERNET EST LE MONDE ET LE MONDE EST INTERNET.

Ce dualisme entre “online” et “offline” porte un nom en sociologie : digital dualism. Les digital dualist donc, croit que le monde physique est réel et que le monde numérique est virtuel.

Culturellement c’est un mythe très puissant, et j’ai envie de dire que c’est un peu à cause de Matrix. Certains philosophes considèrent le digital dualism comme la même querelle qui a animé la philosophie pendant des siècles, la séparation entre le corps et esprit.

Le problème social de cette croyance c’est que ça nous amène à toujours tout comparer entre quelque chose numérique et son « équivalent » physique. Je n’en peux plus du discours “Ha non mais moi je préfère le papier, le toucher, l’odeur, c’est quand même plus sympa”. Mais ta gueule ! Personne ne t’oblige à lire des livres numériques et personne n’a dit que les liseuses allaient remplacer les bouquins !

Tout s’interface et tout s’augmente dans un seul et même système. Exemple concret : le slacktivism. Ce comportement est énormément décrié parce qu’il est envisagé seul, et pas dans la manière dont il s’interface avec l’activisme classique. Je vais faire mon Fibre mais : le printemps arabe quoi ! Occupy wallstreet  ok !

Maintenant agissez : la prochaine fois que quelqu’un de votre entourage utilise l’expression IRL (pour In Real Life), vous lui envoyez cette chronique et s’il recommence après vous lui pétez les genoux. Merci.

Le Cyberespace n'existe pas
Un magnifique fan-art

 

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