Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

Surproduction, industrialisation, course à la vitesse, à la puissance et au rendement. Perte en qualité et en saveur. Homogénéité de ce que l’on produit. Derésponsabilitation des réseaux de production et de distribution au mépris du consommateur final. Baisse des salaires des producteurs et hausse des prix des produits finis, multiplication des intermédiaires commerciaux.

Ces éléments de langage ne parlent pas d’internet. Je les ai empruntés à différents écrits écologistes traitant du danger de l’agriculture intensive et de l’industrialisation de la production alimentaire.

Et pourtant ils s’y prêtent, ces mots, à notre internet chéri.

Regardez derrière vous ! Ce nouveau monde, cette terre promise et arable, ces vastes champs, cette utopie numérique. On en a dit du bien, du web : l’utopie démocratique, l’agora mondiale, la paix entre les peuples. Et. Regardez. Ce qu’on en a fait.

La course au clic, maintes fois évoquée dans ce podcast, conséquence de la “quantification de l’attention”, l’aveugle confiance dans les réseaux sociaux, qui nous amènent à faire les titres les plus putassiers du monde que même les gérants de bars à putes de Pigalle trouve que c’est abusé. Les journalistes, blogueurs, twittos, internautes, qui pissent du contenu au kilomètre sans se soucier de si c’est digeste, ou si ça a déjà été écrit, ou si c’est pas old de 6 mois. Et vous, moi, tous, incapable d’en louper une miette, gavés comme des oies consententes de farines indigestes prêts à se faire ouvrir le bide à Noël au nom de la compétitivité.

Parce que oui. C’est cette économie capitaliste camarades, cette mise en compétition totale et constante qui nous abrutit et détruit un ecosystème qui avait tout pour devenir le havre de paix dont nous rêvions tous. Zion est devenu Babylone, man, t’as pas des feuilles à rouler ?

Alors que faire sensei Sylvain pour retrouver l’harmonie entre les forces du bien et les forces du mal. Et bien je vous propose un mode d’emploi pour un internet rai-so-nné. Puisque vous êtes des internautes raisonnables.

  1. D’abord, consommez des produits de saison. Ce qui veut dire, arrêtez de lire les marronniers (applaudissement pour la métaphore). Non, ce contenu sur la rentrée n’est pas nouveau, sauf s’il a un angle intéressant. Non, ne clique pas sur ce lien vers un chat qui a un bonnet de père noël. Contente toi de regarder la preview Facebook.
  1. Stop au gaspillage ! Des enfants meurent d’internet en Afrique ! Réfléchis à deux fois avant de cliquer sur un lien Facebook, as-tu vraiment besoin de le lire ? Cela va-t-il vraiment changer ta vie de savoir ce qu’il s’est passé pendant que cette jeune fille laissait sa webcam allumée ?
  1. Régime anti malbouffe ! Si plus personne ne va au Mc Donald’s, ils seront obligés de fermer. C’est pareil avec MinuteBuzz ! Moins tu cliques sur un lien dans ton feed Facebook, plus il se fera rare. C’est comme le pays imaginaire, si tu arrêtes d’y croire Peter, il disparaît.
  1. Directement du producteurs au consommateur : on privilégie les circuits courts et l’artisanat. Si tu veux de l’info, tu vas sur des sites où il y a de vrais journalistes. Si tu veux acheter un jeu, pourquoi ne pas aller voir des mecs y jouer sur Twitch plutôt que de lire des review pourries ? Si tu es passionnés par l’espace, suis la Nasa sur Instagram ! Apprend à discerner les différents modèles économiques, privilégie ceux qui sont un peu plus alternatifs que le modèle publicitaire classique. N’HÉSITE PAS A CONSOMMER DE L’INFORMATION PAYANTE. Oui c’est moi qui dit ça.
  1. Et surtout, diminuons la pollution. Votre capacité à déblatérer sur vos vies et à vous indigner pour tout, c’est l’effet de serre 2.0. Un clavier est un outil, et vous n’êtes pas tous de bons artisans (smiley complice).
  1. Dernière proposition : la création d’un label Max Havelaar décerné à un contenu par les internautes. Attention, pas tous les internautes, vous êtes pour la plupart des buses, c’est d’ailleurs pour ça qu’on en est là. Non, ce serait une sorte d’équipe du guide Michelin, qui sillonnerait le web pour coller des étoiles et faire des critiques d’articles. Du genre “belle attaque en second paragraphe, je me suis lassé du goût un peu consensuel sur la fin, mais la conclusion relève le tout, deux étoiles”. Et là on verra, si Minute euh McDo vient encore nous refiler ses BigMacs frelatés.

Alors chers internautes, chers chroniqueurs, donnons nous tous la main et réfléchissons à notre production / consommation de contenus sur le réseau. Désormais j’aimerais que vous vous posiez cette question avant de cliquer sur un lien ou de publier un tweet : “Quel internet vais-je laisser à mes enfants ?”

 

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