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Le numérique part en campagne
Les préjugés à propos des zones rurales et de la technologie
Sylvain comment One Comment

Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

https://soundcloud.com/studio404/studio404-octobre2014

Encore une fois je suis venu pour dénoncer. Je suis venu pour dénoncer cette caste complètement déconnectée de la réalité des hashtag vrais gens. Cette catégorie de personne qui veulent convertir tout ceux qui ne pensent pas comme eux, qui passe leur vie à donner des leçons de manière condescendante et humiliante, qui pense pouvoir sauver le monde tous les dimanches matins.

Je ne parle ni des hommes politiques ni des ecclésiastiques.

Je parle des jeunes – urbains – connectés et un peu startupers sur les bords. Cette espèce en voie de prolifération qui pense pouvoir faire du monde un plus bel endroit avec un elevator pitch en anglais et une prez de 5 slides.

Dernière lubie en date de ces fanfarons du numérique, connecter les campagnes. Tels des missionnaires nouvelle génération, ils enfilent leur bure Uniqlo et leur crucifix USB et partent évangéliser les païens de l’internet, agriculteurs et autres paysans. Ils arpentent les exploitations agricoles dans leurs bottes Aigles et vendent des solutions sur mesure au paysan du coin, en imitant l’accent local :

“Le Big Data est l’avenir de votre production laitière boudiou” ou encore “Ce drone GPS est votre chien de berger 2.0”

Moi vous voyez, j’ai grandi à côté d’une ferme tenue par un couple de paysan. Donc je connais les agriculteurs. En 2013, Ils étaient à peine 22% à avoir un smartphone, 33% du territoire français a une connexion internet inférieur ou égal à 2Mb/s. Le numérique ne les intéresse pas.

Alors j’ai décidé de les protéger du charlatanisme.

J’ai donc entrepris de sérieuses recherches sur les agriculteurs et les exploitants agricoles.

Une heure plus tard, la réalité m’a sauté à la gueule.

J’ai doucement soulevé la main de la souris, j’ai arrêté de taper au clavier et j’ai recouvert mon visage de mes deux paumes. Puis j’ai déclaré, calmement, à haute voix : “je suis une merde”.

J’ai donc fait une pause pour regarder à l’intérieur de moi et faire le point. Le gros con condescendant urbain connecté un peu startuper sur les bords, c’est moi. Je me suis en effet rendu compte que les agriculteurs, eh bien ils ne m’avaient pas attendu pour s’équiper, se connecter et être à la pointe. Ils tweetent, font des felfie, utilisent des tablettes dans leurs tracteurs comme tableau de bord, se servent d’applications mobiles pour gérer le bétail et les parcelles, de capteurs pour vérifier le taux d’humidité des champs de céréale etc.

Alors je me suis posé cette question, et je vous la pose également : à quelle moment s’est-on enfermé dans cette espèce de snobisme de jeune urbain connecté ? Comment peut-on être autant en contact avec le monde et finalement ne pas connaître nos concitoyens, ne pas connaître la “France du Edge” comme les gens l’appellent ? Ça ressemble un peu à cette FAQ qu’on avait eu, “faut-il habiter à Paris pour être sur internet ?” mais plutôt tournée de cette manière : “faut-il habiter en dehors de Paris pour ne pas être un gros con ?”.

J’ai été invité l’année dernière à tenir une conférence au Web2Day, qui est un peu comme Le Web, sauf que ça se passe à Nantes. J’ai passé une super journée et j’ai rencontré beaucoup de gens très intéressant. Je pense qu’il faut que nous fassions l’effort d’aller vers les autres, de s’enrichir mutuellement dans des endroits où on ne fout jamais les pieds et ou les usages – puisque c’est ce qui nous intéresse tous ici à Studio 404 – pourrait nous surprendre et nous en apprendre. Il faudrait un Strip Tease du numérique pour nous montrer qu’on ne sait rien de la France Connectée, il nous faut un Antoine de Maximi dans une émission qui s’appelerait “j’irai surfer chez vous” et qui irait dans des écoles, des fermes, ou dans la banlieue de St Etienne pourquoi pas. Nous manquons cruellement de connaissance à ce propos, et c’est une grande lacune que je ressens dans mon métier par exemple. La moitié des opérations publicitaires sur internet sont formatés pour des usages qui sont ceux de 2% de la population : les gens qui travaillent en agence de publicité.

Il y a bien sûr quelques initiatives, comme Simplon et ZeVillage qui lance des programmes dans des zones rurales, là où personne ne fout les pieds. Mais ce n’est pas suffisant. Sur le papier, le web est un formidable outil démocratique qui réduit la géographie. Prouvons-le sur le terrain.

C’est pourquoi je vous annonce que nous ferons notre prochaine soirée 404 à Rennes, où nous avons 21 fans Facebook.

 

campagne Du podcast france numerique rurale studio404

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  1. J’ai adoré le propos, le second degré, mais derrière tout ça, il y a quelque chose qui me gène.

    Les paroles c’est beau, mais dans les faits, ca nous mène où ? Je suis originaire du Gers (pour histoire, on a été les derniers à connaître les feux tricolores)… j’ai vécu ce genre de situation où clairement face à un vrai problème rencontré il y a peu (dépendance totale des personnes agées au corps médical H24, je te laisse imaginer quand c’est à la campagne), j’ai mis un peu tous mes espoirs dans des brouillons papiers d’idées de startups qui permettraient à la fois de désenclaver certaines personnes, de faciliter le contact avec les familles et peut-être même si c’est compliquer de favoriser une totale autonomie de la personne agée. Vaste sujet.

    En te lisant, j’ai eu la même réaction à ce que je pensais : retour de réalité en pleine face… Au final, je proposais du technologique là où seulement pour le moment l’être humain est irremplacable. Mais du coup, quand tu est face à ce genre de situation, et que tu es désemparé, plein d’espoir, t’essaies de faire les choses à fond, quitte à faire des erreurs. Par méconnaissance, condescendance. Et si notre rôle à nous, c’était pas de revenir à cette réalité et d’agir vraiment au niveau local ? En revenant « aux racines » ? Déjà pour mieux connaître encore le coeur du problème et aussi pour se détacher de toute cette bulle -shit startup qui nous influence ?

    En fait, faut penser ça autrement IMHO : on est en train de pignoler sur des Google Glass et sur l’avenir du marketing intergénérationnel face à la montée des Z 3.0, alors qu’on est incapables de permettre à nos « vieux » de s’assurer une fin de vie correcte et par extension, la notre. Les Japonais ont l’air d’avoir compris ça mieux que personne. Qu’est-ce qu’on attend ? https://itunews.itu.int/Fr/4820-La-societe-vieillissante-et-les-TIC-BR-Un-nouveau-marche-porteur.note.aspx (Snoop Dog ? haha)