Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

Très récemment, l’humanité a fait un énorme bond en avant. Pendant presque 20 piges, les scientifiques les plus bouillants de la planète ont conçu un robot et l’ont envoyé dans l’espace pour le faire atterrir sur une comète. Je répète, l’être humain a fait atterrir un putain de robot sur une comète les gars.

Et il y a quelque chose d’extrêmement intéressant dans cette aventure : le monde entier a pui suivre le largage du robot Philae par la sonde Rosetta sur la comète Tchouri en direct sur internet. Grâce à un livestream d’abord, mais surtout via les réseaux sociaux, principalement sur Twitter. Et d’une manière qui va vous étonner.

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La sonde Rosetta et son petit robot Philae avaient chacun leur compte twitter perso et se tapaient des barres oklm en discutant entre eux à la première personne du singulier. Au détour de sa Timeline, on pouvait donc tomber sur ce genre d’échange cordial.

Conversation entre Philae et Rosetta
Conversation entre Philae et Rosetta

 

Déjà en 2012, Curiosity, le rover de la Nasa qui explore Mars en ce moment même, avait fait sa twitta en prenant des selfie de blogueuse mode sans aucune pression.

Plus récemment encore, un satellite indien du nom de Mars Orbiter (tout simplement) est rentré dans l’orbite de Mars et en a profité pour faire un coucou à Curiosity. Genre littéralement.

Conversation entre Curiosity et Mars Orbiter
Conversation entre Curiosity et Mars Orbiter

Si l’on remonte à la source de ces petits délires, on tombe sur la fascinante histoire de Phoenix, qu’on peut considérer comme le prédécesseur de Curiosity. Alors oui, on le sait peu mais Curiosity n’est pas le premier robot à être allé visiter Mars. Phoenix, donc, est droppé sur la planète rouge en 2008 en plein été martien, mais un tout petit peu trop près du pôle nord. Sur son compte Twitter, le robot chronique la douceur des soirées martiennes et regarde l’hiver s’installer doucement. Pour info un hiver martien, si près du pôle, ça envoie des petits -120°C. Progressivement, Phoenix va commencer à faiblir, certains de ses outils vont geler, certains de ses capteurs vont lâcher. Et comme un membre de sa famille qui annonce qu’il a un cancer, Phoenix va expliquer sur son compte Twitter – avec beaucoup de solennité – qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre, qu’il va lentement s’éteindre, calmement, comme une personne âgée qui estime qu’elle a eu une vie bien remplie. Le lander va même aller jusqu’à organiser un concours d’épitaphe en partenariat avec Wired, et écrire une lettre d’adieu sur Gizmodo.

Et puis un beau matin de novembre, Phoenix écrit son dernier tweet, ferme les yeux et s’endort au cœur de l’hiver martien. Salut l’artiste.

Le dernier tweet de Phoenix : "TRIUMPH" en binaire.
Le dernier tweet de Phoenix : « TRIUMPH » en binaire.

 

Pour Philae, la communauté (scientifique ou non d’ailleurs), s’est émue que cette bestiole de métal s’éteigne – à cours de batterie – seule sur une comète. Les réponses à son tweet d’adieu sont bizarrement très touchantes.

Ce phénomène pose alors deux questions intéressantes. D’abord, pourquoi les agences spatiales font-elle du community management ? Est-ce une manière de remplir leur mission d’éducation des masses ? Est-ce pour justifier auprès du contribuable la manière dont on dépense ses impôts ?

Je sais pas vraiment, ils ne m’ont pas répondu sur Reddit et en meme temps c’est un peu chiant, je préfère la seconde question.

C’est en effet hyper intéressant d’interroger la manière dont on peut donner âme et conscience à un objet inanimé. Cette façon que l’on a de jouer avec l’imaginaire des robots des productions de SF (HAL, Wall-E, TARS). Et finalement cette image du robot parfait, de la machine qui communique, cette image c’est celle de l’humain. On met de l’humanité dans des corps métalliques. Et dans ce phénomène presque anecdotique qui est celui du community management des agences spatiales, on trouve les racines du plus vieux fantasme de l’être humain qui joue à dieu : fabriquer des êtres à son image.

Et je terminerai sur une reco, parce que je travaille dans la publicité : chères marques, le jour où vous arriverez à raconter ce genre d’histoire, le jour où vous arriverez à donner une âme et une conscience à un produit uniquement grâce à un compte Twitter, le jour où vous arriverez à faire chialer un twitto en 140 caractères, vous aurez gagné internet.

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