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Les Français se sont réconciliés avec la presse
Après le 7 janvier, les médias ont rappelé à quel point ils étaient nécessaires
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Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

https://soundcloud.com/studio404/studio404-janvier2015-tank

 

Il y a une dizaine de jours, la France et ses Français se sont rendus compte de deux choses. La première, bien malheureuse, c’est qu’ils ne sont en sécurité nulle part.

La seconde, c’est qu’ils ont besoin de la presse pour être informé. Quand je dis la presse je parle de ce corps de métier qui suit des règles, une déontologie et qui met l’intégrité journalistique au cœur de sa démarche.

Alors ? Ils sont passés où les “journalopes” ? Ils sont passés les “merdias” ? Alors?

Oh oui, bien sûr, il reste toujours une bande d’illuminés au fin fond du cantal pour penser que de toutes façons, tout ce “théâtre” et ces “mises en scène” sont organisés par le lobby juif, homosexuel ou alien. Mettons les tout de suite de côté, comme disait Bastien Vivès dans un de ses strips qui a refait surface récemment : “Tout ça c’est des complots, l’Islande n’existe pas, la blogosphère non plus”.

Eh oui les gars, la presse a super bien bossé. Elle a su allier le sens de l’actu, le devoir d’informer, mais aussi des choses qu’on avait jamais vu avant, que ce soit sur le papier ou sur le web. Elle a su innover et réinventer la manière de faire du journalisme.

Libération, le lundi 12 janvier, a fait dans le tout photo, dans l’émotionnel, c’était fort, c’était bien vu, ça faisait chialer.
Radio France et Le Monde ont très bien joué la carte du professionnalisme, du fact checking et du vérifiage de source, en mode Comissaire Bialès, laissez la police faire son travail. Spéciale dédicace aux équipes du Live du Monde.fr qui ont fait tenir le truc plus de 120h. A ma connaissance, c’est le premier événement pendant lequel les internautes avait une hotline, un SAV avec un vrai pro derrière, qui rassurait et expliquait.

Et spéciale dédicace également aux chaînes d’infos en continues, dont on ne parlera pas plus longuement, sauf peut-être de ce moment à 1h du matin, où j’ai compris qu’il fallait éteindre la télé quand le journaliste, qui avait visiblement atteint cet état où au bout de sa vie, il est pris d’un éclair de lucidité : “Bon on sait ce qu’on filme là ? On commente des images on sait même pas ce que c’est. Et les gens disent n’importe quoi sur Twitter”. Salut l’artiste.

Pour info, Libé a multiplié par 7 la vente de son édition spéciale en kiosque. Le Monde a recruté plus de 7 000 abonnés payant numérique, et tous les médias ont battu des records historiques. Ce qui prouve bien que cet intérêt n’est pas qu’une impression, un effet de loupe.

Cette réconciliation, qui survient dans un climat ou le mot média est souvent synonyme de manipulation, de presse à scandale, ou de course au clic, ben elle me fait plaisir. Pour les médias d’abord, qui sont récompensés pour leur travail, et qui commence à piger comment fonctionnent le temps réel et les réseaux sociaux (et surtout ne se laisse pas bouffer par le social media, gros bisous à toi Bernard Montiel). Et puis hashtag les gens, qui se sont intéressés, ont posé des questions, ont découvert des choses (comme le mec qui demande au Monde pourquoi le journal ne sort pas le lundi, et le journaliste, tout en patience, qui lui explique ce qu’est un journal du soir).

Mais attendez deux secondes, alors ça existe le participatif ? Ça existe la conversation ? LES INTERNAUTES INTÉRESSENT A L’ACTUALITÉ ? (autrement que pour laisser des commentaires racistes sur le Figaro.fr je veux dire)

On dirait bien, oui. Fred Cavazza et Greg Pouy avaient raison, désolé d’avoir douté de vous les gars.

Mais ils ont aussi compris autre chose, les gens. C’est que journaliste, c’est un putain métier, et qu’il est bien fini le temps où les guru du social média criaient au journalisme citoyen, où les mashable titraient “le blogueur est le nouveau journaliste” et autres assertions qui ont mis à mal bien des rédactions.

Non, twitto, tu n’es pas journaliste, laisse les professionnels faire leur job. Car on a vu des choses pas cool cette semaine-là sur Twitter. Beaucoup d’utilisateur ont manqué de recul, de distance et d’intelligence, touchés qu’ils étaient dans leur cœur, accroc qu’ils étaient à leur Timeline. Il aura fallu – et c’est une première – que la préfecture de police leur dise d’arrêter de RT n’importe quoi, avant que les twittos ne se rendent compte par eux-mêmes que les médias étaient là pour faire le taf, et que personne d’autre ne le faisait mieux qu’eux.

On a répété encore et encore qu’en assassinant Charlie Hebdo, les terroristes s’étaient attaqués à la liberté de la presse. C’est d’ailleurs en brandissant des crayons, ce dimanche 11 janvier, que l’on a tous défilé.

Mais en réalité, on s’est rendu compte que c’est justement dans ces moments là qu’on en a le plus besoin. C’est dans ces moments là qu’elle est nécessaire et utile au citoyen. Et c’est pas en brandissant des crayons, qu’elle s’est rendu utile la presse, mais en tapant sur des claviers, en faisant son job, en respectant le contrat qu’elle a signé avec le citoyen. Et ça les Français l’ont vu et compris, et ça me rend fier d’eux.

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