Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

En effet Lâm, je ne suis pas en train de lever un lièvre, chacun sait autour de cette table, dans cette pièce, sur internet, en France et même au delà que notre gouvernement et nos députés sont en train de voter une loi qui fait couler beaucoup d’encre et scintiller beaucoup de pixels.

Les médias de masse en parlent, sur les réseaux sociaux aussi les hashtags fusent “PJLRenseignement” “NiPigesonsNiEspions” “SousVeillance” etc.

Et pourtant, qui a pris 5 minutes pour essayer de comprendre de quoi il s’agit, et ce que cela représente vraiment pour notre vie future ? Pas grand monde. Pourquoi ? Parce que 5 minutes – même si c’est votre créneau de concentration maximale – ça ne suffit pas.

Pour écrire cette chronique, je me suis plongé dans tous les articles écrits sur le sujet ces dernières semaines. Je tiens d’ailleurs à saluer chaleureusement le travail des journalistes qui ont peu dormi ces derniers jours afin de nous livrer un compte rendu détaillé et des analyses fouillées sur ce sujet. Andréa, Olivier, Martin, Alexandre et les autres, gros bisous.

Je me suis donc plongé dans tout ce contenu, et en effet, 5 minutes, c’est un peu limité. Ça m’a plutôt pris 3h à tout survoler.

Pire encore, je me suis permis d’emprunter une méthode propre à l’UX (l’expérience utilisateur) intitulée : the user is drunk. L’utilisateur est en état d’ébriété.

Eh bien vous voyez la fin de Lost ? Pareil.

Complètement pommé entre aspect juridique, économique, politique et surtout TECHNIQUE.

Sérieusement, si moi je ne bite rien à l’implémentation techno d’un tel dispositif pensé par des ingénieurs en renseignement, comment voulez-vous que ce type y comprenne quelque chose :

Je montre le député Gerald Darmanin au public

Et pourtant ce sont ces mecs là – aussi brillants soient-ils – qui votent en ce moment une loi qui à l’air, de ce que j’en ai parcouru, un tout petit peu dangereuse pour nos gueules. Ils sont assis sur leurs bancs en train de parler “algorithme” sans savoir réellement de quoi il s’agit, ni ce que cela implique réèllement.

Mais soyons lucides deux secondes : vous non plus les gars. Vous non plus vous ne savez pas de quoi vous parlez, d’ailleurs vous n’en parlez pas, et c’est bien ça le problème.

Je crois que nous sommes trop fainéant pour une loi trop sérieuse.

Si je vous dis que demain, un type un peu louche avec une oreillette, peut poser une malette dans votre cave, ou dans une voiture en bas de chez vous, et être capable de capter absolument toutes vos conversations ?

Vous me répondez “KGB !” et moi je vous répond “Projet de loi sur le renseignement !”

Si je vous dis que demain, étant donné que vous avez 4 ou 6 degrés de séparation avec n’importe qui dans le monde, eh bien vous êtes amis avec un terroriste et considéré comme suspect jusqu’à preuve du contraire ?

Vous me répondez “Guantanamo !” et moi je vous répond “Projet de loi sur le renseignement !”

Si je vous dis que demain, sur demande expresse du 1er ministre (celui là ou le prochain), votre FAI peut filer toutes vos metadatas échangées sur le web, incluant les gens avec qui vous correspondez et les sites que vous visitez ?

Vous me répondez “Corée du Nord !” et moi je vous répond “Projet de loi sur le renseignement !”

Alors, on fait moins les malins hein ? Mais alors pourquoi vous branlez rien ? Pourquoi vous n’êtes pas allés manifester ? Pourquoi on n’a pas tous mis des avatars noirs et tout comme de vrais activistes d’internet ? Pourquoi – malgré le fait qu’énormément d’acteurs du web et d’ONG prennent position – on ne remplit pas de pétition, on n’appelle pas nos députés ? POURQUOI ON FAIT PAS UNE BÉDÉ SUR LE CHALUTAGE PROFOND DU WEB ?

Une des réponses, finement analysée par Libé, c’est que cette menace est pour l’instant invisible. Pour hadopi, on voyait clairement le problème : pas d’épisode de Naruto pour madame, et pas d’épisode de Greys Anatomy pour monsieur. Là c’est plus diffus, moins concret.

Autre réponse : “l’effet Charlie”. Tout le monde a flippé et est prêt à lacher pas mal de vie privée pour une illusion de sécurité. Et “l’effet Snowden” alors ? Snowden, c’est comme quand ton partenaire pète pendant l’amour. C’est arrivé. On le sait. On le sait tous les deux. Ça a brisé un peu la magie, il faut bien se l’avouer. Mais bon, c’est pas un petit bruit et une odeur un peu acre qui va nous empêcher de continuer si ?

Je fais volontairement dans la vulgarité, parce que je sais qu’il faut un peu de ça pour que vous écoutiez. C’est une leçon que j’ai apprise chez John Oliver. Ce chanceux est allé interviewer Snowden, et au lieu de lui parler liberté, responsabilté et sécurité nationale, ce génie a eu le cran de lui donner une leçon de communication. Il lui a expliqué que tant qu’on n’évoquait pas quelque chose qui touche les gens dans leur quotidien, personne ne s’y intéresserait. Que voulez-vous, l’être humain est profondément nombriliste. Il lui a donc demandé de lui raconter les différents programmes d’écoute de la NSA en prenant pour exemple la photo de son pénis qu’il enverrait à différents contacts. Pari réussi, dès qu’il y a du concret, les gens sont terrifiés.

Alors que dois-je vous dire pour que vous preniez conscience de la dangerosité de ce projet de loi ? Je suis ouvert aux suggestions.

 

 

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