Avant-propos.

Les lecteurs qui me connaissent un petit peu savent déjà que j’ai pratiqué pendant une dizaine d’années le ski de descente à un relativement bon niveau. Cette pratique impliquait alors de fréquenter assidument les pistes de ski de différentes stations françaises, dès le mois d’août jusqu’à celui de mai. Comme bien souvent dans une situation de spécialisation comme celle-ci, le pratiquant développe un sentiment de supériorité vis à vis des skieurs occasionnels. Il faut voir les pistes d’une station de ski comme une petite société, avec ses codes et sa culture propre. Par exemple, il est assez facile de juger du niveau d’un skieur à la seule analyse de son équipement et de ce que l’on pourrait appeler son “style”. La marque des vêtements, le type de ski, mais également la posture et l’attitude même à l’arrêt. La façon dont il emprunte les remontées mécaniques ou même sa manière de porter son matériel. Au sein de cette société comme dans les autres, on peut répartir les individus dans un système de classes alors même qu’on ne les a pas encore vu skier sur les pistes. Développer ces classes n’est pas le sujet de ce billet. Cet avant-propos à seulement pour but de décrire avec quel biais je m’apprête à narrer mes observations : celui totalement partial et subjectif d’un skieur confirmé (aussi appelé : gros connard de prétentieux snob.) qui a développé malgré-lui un mépris de classe vis-à-vis du ski dit “de tourisme”.

 

 

Nous observons un taux de pénétration explosif des Action Camera depuis quelques années. GoPro possède évidemment une part conséquente de ce marché. La promesse de la marque : faire de n’importe quel individu un héros du quotidien. La réalité : un nombre incalculable de vidéos inutiles uploadées chaque jour sur Youtube. Tant et si bien que fleurissent les parodies sur ces nouveaux héros dont les folles aventures sont aussi trépidantes qu’une rédaction d’un élève de primaire.

Jugez plutôt :

Si vous avez mis les semelles sur les pistes cette année, l’année dernière ou même l’année d’avant, vous avez sûrement remarqués le nombre croissant de skieurs ayant monté une GoPro sur leur casque. Le plus étonnant encore, c’est que – pour leur grande majorité – ces individus sont des touristes occasionnels, pratiquant le ski à un niveau passable.

Qu’imaginent-ils ? Bercés par les magnifiques vidéos promotionnelles de la marque, qu’ils vont du jour au lendemain se transformer en Candide Thovex, dévalant des flancs de montagne vierges et sautant des barres rocheuses de 10 mètres ? Pensent-ils que c’est l’équipement qui fait le skieur ? Je ne les crois pas si dupes.

Ou est-ce qu’à la manière des dashcam des conducteurs russes, un enregistrement continu de leur journée sur les pistes leur permettra de produire une preuve à l’assurance en cas d’accident ?

Mais surtout : où vont tous ces métrages ?

Un début de réponse :

 

C’est très gênant. Et Youtube pullule de ce genre de vidéos indigestes ne présentant un intérêt – et encore, très limité – que pour les individus présents lors du séjour.

Pour réellement créer de l’intérêt avec ce type de production, encore faut-il savoir réaliser – ou au moins monter – modestement un film, ainsi que passer un temps fou à dérusher ses journées, surtout si l’on filme en continu. Ce n’est pas à la portée de tout le monde.

C’est pourquoi les fabricants s’inspirent d’une population qui vit cette pratique depuis un certain temps maintenant : les gamers. En effet les constructeurs de cartes graphiques et autres spécialistes du software ont développé des logiciels de capture vidéo fonctionnant en “shadow”. Le logiciel possède une mémoire tampon de 20 à 30 minutes de vidéo en continu. Lorsque le joueur vient de vivre une aventure formidable (un combat incroyable dans Elite Dangerous, une flèche dans le genou d’un garde dans Skyrim ou le conducteur d’un hélicoptère abattu en headshot no scope en sautant en chute libre dans Battlefield) il n’a qu’à appuyer sur le raccourci clavier dédié, et la scène est enregistrée au chaud sur son disque dur. Une fois sa session terminée, il n’a plus qu’à mettre ses séquences bout à bout pour produire un film 100% action.

Sur son dernier modèle, GoPro a intégré un système quasiment similaire qui permet, après avoir décollé de 2 centimètres sur un bord de piste à Val Thorens, d’actionner un bouton pour “chapitrer” cette action.

Hourra. Au lieu de se taper des vidéos de vacances de 1h30 où il ne se passe rien, nous allons avoir droit pendant 20mn à une succession de scènes absolument inintéressantes. J’ai hâte.

 

À force d’injonctions à devenir un héros du quotidien et à partager ses exploits, GoPro met l’amateurisme sur un piédestal (tout est dans le nom de la marque : « devenez un professionnel »). C’est très bien mais la définition même de l’amateur, c’est qu’il doit rester confidentiel. Alors je vous en  pris, partagez vos vidéos de vacances avec ceux que ça intéresse, pas le monde entier, Facebook est fait pour ça.

 

N’hésitez pas à me signaler en commentaire que les gens font bien ce qu’ils veulent, ça ne m’empêchera pas de penser qu’ils sont ridicules.

 

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One thought on “La GoPro aux sports d’hiver

  1. De toute façon, GoPro c’est devenu has-been dès que ça a pénétré plus loin que le marché du skydive et du base-jump circa december 2009

    Un avantage à GoPro : ça a limité les cervicalgies des vidéastes parachutistes. cf http://www.nfkb0.com/wp-content/uploads/2016/04/10052009-bondues_336.jpg

    Fin de la blague : vous mettez dans le mille Sylvain Paley, je pense néanmoins que la fonction photo peut exceptionnellement sortir quelques clichés marrants de temps et/ou produire qq gifs animés. (Et puis sans ça comment Lokan rendrait palpitants ses records sur Strava ??! Ça serait la fin d’un pan entier de l’économie numérique)

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