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2075, la journée sans internet
Après la journée sans voiture, la journée sans internet pour une économie des usages
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Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

 

 

1908, la technologie révolutionne la mobilité. Découvrez l’automobile et entrez dans une nouvelle ère. Allez d’un point A à un point B n’a jamais été aussi rapide. Transportez des marchandises partout dans le monde, à vous l’autonomie, à vous la liberté.

Il y a 100 ans, la première voiture de série était produite à grande échelle : la Ford T. Cette prouesse technologique et sa démocratisation, en un siècle, ont façonné l’économie, la société, l’urbanisme, les territoires, les guerres aussi, l’environnement, le climat.

C’est une avancée technique et technologique comme on en a vu quelques unes dans l’histoire de l’humanité. La roue, le feu, l’électricité…

On l’a appris à nos dépens avec l’automobile : il y a un revers à la médaille du progrès technologique.

Pollution sonore, gaz d’échappement, encombrement, oppression, agressivité, accidents, taxi parisiens.

Vous le voyez venir gros comme une maison : internet.

Eh oui, internet et l’ordinateur sont également des technologies qui ont façonné la société et l’économie ces 20 dernières années, et qui façonneront demain nos villes peut-être. La question que je me pose maintenant : avons-nous déjà rencontré le revers de cette médaille ?

Dimanche dernier, Madame la Maire de Paris – que je salue au passage, elle ne rate aucune émission – lance la première journée sans voiture. En un siècle d’automobile, on organise donc la première journée sans, parce qu’on n’en peut plus.

Imaginez, nous sommes en 2075, et Madame La Maire Delanoë, petite fille adoptive de feu Mr Delanoë, organise la première journée sans internet. Seul les modems 56k sont autorisés, et tout devient plus lent.

Derrière cette initiative, on retrouve en réalité la même idée depuis des dizaines d’années : la technologie, à partir d’une certaine taille critique, nous asservit plus que nous nous en servons.

Se retrouver dans les embouteillages et les pots d’échappement à Paris n’est pas un plaisir, mais ce n’est pas un choix non plus. Nous y sommes obligés. Faîtes une journée sans voiture, c’est faire une journée sans bruits, sans danger pour les piétons. C’est tous les parisiens qui descendent dans la rue un dimanche, ce sont des cyclistes qui reprennent la ville.

Faîtes une journée sans internet, c’est aussi en supprimer la pollution : celle de l’attention toujours happée par une notification, celle du FOMO – le Fear Of Missing Out – la peur de louper une information ESSENTIELLE, la dépendance au flux, au contenu en quantité infinie, l’éradication totale de la notion d’ennui. Et peut-être que les gens se diront bonjour dans le métro ou seront obligés de se voir physiquement pour travailler ensemble, peut-être que tout ce stress généré par la “pollution” d’internet sera atténué et qu’on se rendra compte qu’on se sent beaucoup mieux comme ça. Peut-être qu’assis sur un banc, on regardera le ciel plutôt que son smartphone.

Dimanche dernier, les “écolos” ont réussi une petite victoire avec cette expérimentation sans voiture. Dans 50 ans, les “écolos” seront peut-être les techno-sceptiques ou les militants de l’open-source, c’est déjà un peu vrai.

Je me considère personnellement comme un techno-enthousiaste, capable de m’émerveiller devant des Google Glass ou de répondre “oui” à la redondante FAQ sur le transhumanisme.

Mais je me pose également la question suivante : à partir de quand vais-je commencer à douter ? À partir de quelle taille le réseau va commencer à m’asservir, et n’est-ce pas déjà le cas ? Et quand ce moment viendra, vais-je militer pour plus d’écologie des usages ?

Sans pour autant balancer de la caillasse sur des gendarmes à Sivens, nous sommes déjà tous un peu résistants : en se moquant des fanboys Apple, en ayant un peu peur de Google, en militant pour le slow-journalism ou en étant contre le fait de filer un iPad à sa gamine de deux ans.

C’est bien, c’est modéré, consensuel et un peu mou, comme on aime : ne pas trop s’engager, ne pas trop prendre position et ne pas faire de vague. Mais si on veut un jour sauver la neutralité, si on souhaite refaire d’internet un réseau décentralisé comme c’était prévu lors de sa création ou tout simplement si on en a marre de cet asservissement volontaire à la technologie, il va bien falloir un jour se sortir un peu les doigts de son HP SPECTRE X360, surtout s’il est en mode tente.

Dans votre quotidien techno bien tranquille, confortable et toujours plus contrôlé par de grands groupes privées, seriez-vous prêt à prendre les armes pour défendre ce pourquoi internet a été inventé ?

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