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Nuit Polaire en Laponie
Janvier 2016 : une semaine de road trip en Laponie Finlandaise
Sylvain comment 5 Comments

Décider de partir en Laponie en road-trip au mois de janvier (le plus froid) soulève beaucoup de questions et fait naître beaucoup d’incertitude. Je n’ai pas forcément trouvé beaucoup de documentation sur le web à propos de ce voyage. Comme je suis un internaute responsable, je vous offre donc le #partage #en #HD.

D’abord il y a les routes.

Conduire en Laponie au mois de janvier est exigeant pour l’esprit, éprouvant pour le corps.

La majeur partie du temps que vous passerez sur les routes sera de nuit (elle tombe à 16h, et il fait nuit noire).

Les routes ne sont pas éclairées. Tout est en noir et blanc, la neige qui vient se fracasser sur le pare-brise à gros flocons est hypnotique et endort la vigilance. Si bien que parfois, on ne sait plus ce qu’est la route et ce qu’est la neige, ou ce que sont les sapins et ce qu’est le ciel. Les nuances s’inversent et bientôt des sapins noirs ont la tête en bas. Le cerveau joue des tours et les yeux se laissent berner. La moindre tâche de couleur est une délivrance. Dans cette nuit polaire, une station-service est une libération.

Thanks god.
Thanks god.

Personnellement, il m’a été impossible de conduire deux heures d’affilée sans me poser 15 minutes pour faire une sieste. Le rythme circadien ramasse pas mal de l’absence de lumière solaire, la fatigue et la somnolence arrivent vite.

Au-dessus de -20°, tout ira bien niveau adhérence. En dessous, notre Citroën C3 nous as fait de sales coups : ESP et ABS en panne, il est alors tout à fait illusoire de penser tenir un virage sans drifter comme dans Need For Speed Underground. Plus en dessous encore, -30 ou -40, la vie s’arrête de fonctionner. C’est le zéro absolu du confort auquel nous sommes habitués : les tuyaux gels, les roues se bloquent, l’essence fait des paillettes et le chauffage électrique n’est plus d’aucune efficacité pour faire monter la température dans un habitacle comme dans une habitation.

 

Parfois il vaut mieux privilégier le Kicksled
Parfois il vaut mieux privilégier le Kicksled

C’est la raison pour laquelle les Lapons se chauffent au feu de bois partout, tout le temps. Toutes les maisons que nous avons visitées sont équipées d’une cheminée ou d’un poêle. Au sommet des pistes, dans chaque station de ski, on trouve des Kota : sorte de yourtes en dur construites autour d’une cheminée à 360°. Même en plein air dans les parcs nationaux, on trouve des sortes de barbecue et toujours à proximité, des buches fraichement coupées et une hache qui traîne, au cas où.

 

 

Bon, les lumières.

Il y a des trucs fascinants avec les jeux de lumière en Laponie. Par -20°C, l’atmosphère se charge souvent d’une sorte de brouillard glacé qui entoure les nuits d’un halo étrange. Les lumières des villes ou des rares portions de route éclairées se diffractent à travers ces particules en suspension. Si bien que parfois l’on distingue à plusieurs kilomètres une sorte de coupole dorée provoquée par la diffusion des éclairages. Au début on se demande vraiment pourquoi le soleil se couche une seconde fois.

Le soleil se couche une seconde fois
Le soleil se couche une seconde fois

Et lorsque ce petit effet spécial est couplé aux colonnes de lumière alors cela devient tout à fait fascinant. La couche de glace qui recouvre en permanence la surface des routes fait office de miroir pour les pleins phares des voitures (80% du temps de conduite se fait en plein phares). Ce sont de véritables colonnes de lumières, visibles de très loin, bien avant de croiser les voitures en question, qui s’élèvent dans la nuit. Le phénomène est équivalent aux lasers des boîtes de nuit ou des colonnes qui s’élevaient des villages dans Black&White de Peter Molyneux.

Les premières aurores boréales de ma vie sont apparues l’avant-dernier soir. On pense immédiatement à un énorme coup de chance, ce qui est absolument faux : après m’être longuement documenté sur les rituels chamaniques du peuple Sami, j’ai invoqué l’esprit du renard avec des branches de bouleau lors d’un sauna. Pour le peuple Sami, le renard (Kettu ou Reponainen) est l’animal responsable des aurores boréales. En courant dans la montagne, il soulève des « étincelles de neige » grâce à sa queue touffue. En les envoyant dans le ciel, il provoque alors le feu du renard : le Revontulet.

Quelques minutes à peine après être sorti du sauna, j’ai commencé à observer d’étranges formations nuageuses dans le ciel nocturne. Alors que je les fixais,  il m’a semblé y distinguer des lueurs d’une coloration verte. Ni une, ni deux : j’éteins ma cigarette d’un geste et monte les marches du chalet quatre à quatre pour m’emparer de mon matériel photographique. Je me rends compte que je suis nu. Je m’habille en vitesse. « Si mon œil ne peut le distinguer, la science le pourra » me dis-je alors en faisant claquer les branches télescopiques du trépied et en branchant le déclencheur au boîtier de mon reflex Canon. Quelques essais plus tard, les ondulations vertes des « lumières du nord » se révèlent alors à moi à travers l’écran LCD de mon appareil numérique.

 

Ahem.
Ahem.

 

 

 

Oh, et puis il y a les Finlandais du nord.

Les personnes avec qui nous avons le plus échangé étaient suisses. C’était lors de notre dernière étape, à Jokimaja, une vieille ferme retapée par un trio de jeunes Suisses chaleureux et sympathiques. Ils ont confirmé nos doutes à propos de l’affabilité des Finlandais. On est loin de l’étalage latin, physique et verbal. Si haut dans le nord, on se fait discret, on ne dérange pas le silence de l’hiver. On parle quand c’est nécessaire, quand on a quelque chose à dire. C’est à dire pas souvent.

Parfois on trouve la porte d’entrée d’un café fermée, et les lumières éteintes à l’intérieur. On la pousse quand même, parce qu’on a froid et soif. On attendra que le propriétaire revienne de la coupe du bois, ou qu’elle ait fini de coudre un costume traditionnel Sami.

 

Parfois le seul moyen d'avoir un contact humain c'est avec les caissiers des K-Mart
Parfois le seul moyen d’avoir un contact humain c’est avec les caissiers des K-Market

 

Le froid.

On lit toutes sortes de choses sur les blogs de randonneurs et autres forums spécialisés concernant le froid dans ces latitudes : croyez-les. Respecter la règle des trois couches et achetez-vous de bonnes moufles pour les mains, et des chaussures types Sorel pour les pieds. On peut difficilement s’en passer. Équipé de cette manière, tout roule.

 

Sorel et chamanisme
Sorel et chamanisme

 

Paradoxalement, j’imagine la Laponie finlandaise encore plus attirante en été. La région est essentiellement composée de forêts et de lacs. On devine seulement ces derniers en hiver, lorsque la forêt s’arrête subitement. Lors des balades, on se prend à imaginer passer un mois d’été dans un cottage en bord de lac à faire du canoé. A la fonte des neiges, la forêt doit révéler mille couleurs et odeurs, ce doit être une tout autre expérience.

 

 

 

 

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  1. J’ai toujours voulu faire un roadtrip Finlande/Laponie, pas encore eu l’occasion de le concrétiser.

    Merci j’en ai pris plein les yeux avec ton article 🙂

    -Thomas

  2. Les images, le film, l’histoire, tout donne très envie d’y aller. En même temps, le froid, le silence et la neige qui hypnotise, ça fait UN PEU flipper.