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Le temps est venu pour un nouvel internet
Suivrez-vous le nouveau rêve des pères fondateurs du web ?
Sylvain comment 0 Comments

Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

 

Disclaimer : le récit suivant a été rédigé suite à un voyage presse sponsorisé.

 

Salut les choux, je parle rarement de numérique sur mon blog voyages et maquillages – voyagesetmaquillages.fr tout accroché et au pluriel – mais quand la NSA et Doritos m’ont invité pour visiter les Etats-Unis, je me suis dit que ce serait l’occasion d’en parler un peu mes choux. Sur la photo je porte un top Urban Outfitters et des sandales Birkenstock. Ah et pour l’hôtel, je remercie également la Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des Droits sur Internet, merci c’était cool.

 

C’était il y a deux semaines. Ce matin-là, le soleil déjà haut filtre à travers la brume qui baigne la baie de San Francisco. J’ai rendez-vous au 300 Funston Avenue : un grand cube blanc se dresse devant moi. La modernité des matériaux contraste avec des éléments traditionnels de l’architecture de la grèce antique : colonnes de marbre blanc et bas-relief. Je suis devant la bibliothèque d’Alexandrie de notre ère numérique, devant moi s’érige le bâtiment qui héberge 15 petabytes de contenus, ce matin j’ai rendez-vous à l’Internet Archive. La Grande Archive du Web, créée en 1996 par Brewster Kahle avec un objectif : donner accès de manière universelle et gratuite à la connaissance du monde.

 

Pendant deux jours, dans ce lieux solennel et spirituel (il s’agit d’une ancienne église du culte scientiste), va se tenir dans une relative discrétion le Decentralized Web Summit. Deux jours de conférences et d’ateliers pour penser un web décentralisé.

 

Encore un truc de hippie, vous dîtes-vous. Oui mais pas n’importe lesquels. Alors que je déambule dans la nef qui accueille les conférences, je tombe sur une guest list égarée sur un coin de table. Environ 300 personnes sont attendues, des web architect, des activistes et archivistes, des hackers venus des quatre coins du monde : Bangkok, Boston, Londres, Lisbonne, New York, Berlin. Et tout en haut de cette liste, 2 noms retiennent mon attention : Vint Cerf et Tim Berners Lee. Je suis choquer mais pas déçu. Cerf et Berners Lee font partis des pères fondateurs d’internet et du web. Le premier a inventé le protocole TCP/IP, le second a inventé un vague truc qu’on nomme le World Wide Web. Rien que ça.

 

Un invité me tend son FairPhone qui tourne sur Firefox OS, pour que je puisse consulter le programme. En attrapant ce précieux appareil open source et équitable,  j’active par mégarde la rotation de l’écran. Le téléphone freeze, puis reboot. Je finis par dénicher un flyer : “Un web qui s’archive soi-même” par Vint Cerf, “Re-décentraliser le web, questions de stratégies” par Tim Berners-Lee. Quand à notre hôte Brewster Kahle, son introduction est baptisée “Garder le web ouvert : un appel pour un nouveau web décentralisé”.

 

Je transpire, j’imagine déjà la NSA débarquer et le FBI nous courser. On ne cours pas très vite en Birkenstock.

 

Ils sont donc 300 et représentent l’élite d’un web tel qu’il aurait dû être, tel qu’il avait été imaginé et conçu. Décentralisé. Un réseau de pair à pair qui me permettrait d’envoyer un mail à Melissa sans que mon contenu ne parte en voyage de l’autre côté de l’atlantique avant de faire le chemin inverse pour atterrir sur son téléphone, alors que nous sommes à 3 mètres l’un de l’autre.

 

J’assiste donc à un événement historique, tout simplement.

 

Les conf commencent. On apprend qu’il est tout à fait possible de construire ce web décentralisé. Encore mieux : les intervenants nous expliquent qu’on peut le construire par-dessus le web existant. Pas besoin donc de créer une nouvelle infrastructure.

 

TimBL – son petit nom sur son réseau – nous donne sa vision de comment fonctionne le web : afin d’obtenir des choses gratuitement, les gens ont abandonné leur confidentialité et leurs données. Ils le savent, il n’en sont pas totalement satisfaits mais sont conscients que c’est ainsi que ça fonctionne, que c’est le deal. Le deal de filer ses données à l’appareil marketing, nous passant nous-même la corde de la surveillance autour du cou.

 

Terrible constat que je traduirais en : les gens sont des mongoliens.

 

Notre cher Tim en a marre de ça, il propose de séparer nos données des applications qu’on utilise. Mes données perso seraient toutes au même endroit, sur un serveur que je contrôle, et c’est moi qui régulerais l’accès des applications. Il propose un .archive que chacun obtiendrait gratuitement et pour toujours, et toute notre vie est dedans. Même après notre mort.

 

Plein d’autres propositions émergent pour créer ces oasis décentralisées. Le protocole blockchain par exemple, pour gérer un réseau pair à pair. Mais cela impose aux gens d’être à la fois client et serveur. Imaginez un Uber sans entreprise privée pour prendre des commissions : cool, non ? Oui, sauf que pour que ça marche il faut que tout le monde participe et conduise sa voiture chacun son tour. Lol. En terme de contenu sur le web, ça voudrait dire que chacun héberge son contenu chez soi. Ton blog, ton site, mais aussi l’équivalent open source de ton compte Facebook, ton compte Twitter : tout ça hébergé chez toi sur ton propre serveur.

 

J’imagine offrir un Raspberry Pi à ma mère à Noël. “Tu vois maman, là tu tapes sudo apt install thunderbird_localserver et on va configurer ton serveur mail. On aura fini pile pour le nouvel an !”

 

A la fin de ces deux jours, j’ai le drôle de sentiment que ces idéalistes et intellectuels sont trop éloignés de la réalité. La réalité c’est les gens, et les gens n’ont manifestement pas envie d’apprendre Linux.

 

C’est toujours la même histoire finalement : une communauté new age et utopiste qui veut révolutionner l’accès à la connaissance c’est super, mais ça marche quand on est 100 et qu’on est tous chercheurs au CERN. Si internet n’est pas devenu ce réseau décentralisé et démocratique, je ne suis pas certain que c’est parce qu’on a loupé une étape à un moment.

 

C’est un terrible constat qui m’amène à poser une terrible question : si on offre l’opportunité de créer un web décentralisé, co-construit et co-géré, est-ce que #lesgens – nous – ne vont-ils pas reproduire encore et encore le même schéma, à savoir : transformer l’or en caca.

 

Chers collègues et néanmoins collaborateurs et néanmoins chroniqueurs et néanmoins amis même si vous êtes de droite – vous qui êtes proches des gens, pouvez-vous imaginer pour nos Vint Cerf et Berners-Lee à quoi ressemblerait réellement ce nouveau web décentralisé ?

 

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