Eté 2016, deux événements à une semaine d’écart – un anniversaire et un mariage – dans deux lieux séparés par environ 3h de route.

Alors il y a la possibilité de faire les aller-retours en train en revenant à Paris ou celle, bien plus rigolote, de mettre une semaine pour relier ce point A et ce point B. Pour ce faire, vous l’aurez compris, l’idée n’est pas de privilégier le chemin le plus court.

Pour réaliser ce petit exploit, il vaut mieux être indépendant en terme de transport, et flexible sur l’hébergement. Et le meilleur moyen de combiner ces deux paramètres, c’est de s’héberger soi-même dans son véhicule.

Par chance, le narrateur possède une background story que vous connaissez peut-être si vous suivez ce blog depuis longtemps : ses parents ont aménagé un utilitaire de type Citroën Jumper avec un robinet, une gazinière et un matelas.

Nous voici donc sur les routes de Provence dans un gros camion blanc, résolus à ne mettre les pieds dans aucun camping et à toujours dormir dans des spots qui nous permettent d’avoir une vue sur un endroit incroyable. Je vous propose ici de résumer les étapes de ce road trip et de partager avec vous les petites astuces qui font que la vie est belle et bohème même quand on se lave à la bouteille d’eau et qu’on se fait attaquer par des chèvres en pleine montagne.

NOTE : Je suis désormais freelance et tout roule plutôt bien. Je me permets donc de prendre des vacances de quasiment deux mois. Cette story est le premier épisode, d’autres viendront par la suite.

NOTE 2 : il y a des liens d’affiliation dans ce billet. Ce sont des produits que j’ai achetés et testés pendant ce roadtrip. Vous en faites ce que vous voulez.

Pour suivre un peu les étapes de ce petit parcours de 983 kilomètres, voici l’itinéraire Roadtrippers – que je recommande au passage pour planifier ce genre de voyage, c’est vraiment beaucoup mieux que Google Maps et ça agrège pas mal de services qui permettent de découvrir des choses tout autour du parcours.

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La Molière

La première étape de ce voyage, c’est les 40 ans de Bertrand à La Molière, à côté de Saignon, village provençale presque troglodyte perché dans les rochers. De la route, on voit le mont Ventoux et on l’imagine balayé par le vent, percé de poussière. Le coin est merveilleux, une baraque labyrinthique qu’on dirait affublée d’une multitude d’excroissances. Chaque matin je découvre une nouvelle pièce, un nouvel atelier ou un nouveau bout de jardin. Il y a des fleurs et de la végétation partout. Je n’y connais pas grand chose mais j’imagine une diversité typique du coin avec des plantes sèches ou grasses, qui semblent survivre sans aucun problème sous cette chaleur.

Nous garons le van sous un chêne et lorsque nous ouvrons les portes arrières, c’est aussi un chêne qui nous salue chaque matin. Nous sommes partis de Paris depuis deux jours et on a déjà l’impression d’être sur une autre planète. Prend ça Elon Musk.

Grasse matinée, barbecue, piscine, copains, pétanque, blind test, apero, re-apero, fête, fête, fête. Merci Bertrand.

 

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A La Molière, près de Saignon.

 

Faits notables :

  • Un van reste frais plus longtemps le matin ce qui nous garantissait un avantage considérable vis à vis des boloss sous tente
  • Avoir une prise jack dans un véhicule permet de faire Orange -> Apt avec un dj set bouillant lorsque vous prenez Charles en stop et qu’il a de la batterie dans son Macbook
  • J’y reviendrai lorsque je rédigerai un billet sur la vie de freelance nomade, mais pour bosser comme pour écouter Spotify sur la route, l’achat d’un Hotspot Wifi est indispensable, avec sa petite carte sim qui va bien. J’ai opté pour ce modèle chez Huawei (on avait les mêmes lors du tour Ticket for Change). Son SSID c’est Waille Waille et la clef c’est justintrudeau (au cas où on se croise sur la route).

 

Le Colorado Provençal

Anciennes mines d’Ocres, venir tôt le matin sinon c’est Disneyland, la balade dure 1h30 à tout casser. Peu d’intérêt.

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Le Colorado provençal à 360°, comme ça vous n’avez pas besoin d’y aller. De rien.

 

Lac de Sainte-Croix en Verdon

On trace dans le Verdon pour notre première nuit en camping sauvage. Les appareils sont chargés, le jerrycan d’eau rempli, rien d’affreux ne peut nous arriver maintenant. Nous sommes même les heureux propriétaire d’une plancha, alors on décide d’acheter un bar – à défaut de le pécher nous-même. Le Lac Sainte-Croix est un immense lac artificiel créé pour caler un barrage hydroélectrique. Il y a 40 ans, on y a noyé un village et 600 hectares de terres fertiles (mais il n’y avait pas change.org à l’époque). L’eau y est chaude (26°C) et turquoise comme dans un lagon. La journée, le lieu est pris d’assaut par les touristes venus faire du canoë dans son embouchure ou sauter de son pont.

Comment fait-on pour trouver un endroit où dormir au calme et discrètement ? Car, je le rappelle, le camping sauvage est interdit en France. Eh bien, c’est un mélange de science et d’instinct mes amis. Petit tutoriel.

  1. D’abord on regarde une carte. Le mieux c’est d’avoir Google Maps + une carte IGN de la région. Il faut savoir repérer les petits chemins et analyser la topographie. Pour un lac, c’est intéressant de trouver un spot en hauteur par exemple, pour avoir une vue sur le plan d’eau. On couple ça à la vue satellite de Google Maps pour voir si c’est dégagé et s’il y a des habitations autour

  2. Après il ne faut pas avoir peur d’explorer un peu, aller sur ce chemin de terre là sur la gauche, même si au bout on doit faire demi-tour, il y a parfois une chance que ce soit une bonne surprise. Après quelques nuits, on fait confiance à son instinct et on reconnaît d’un coup d’œil les spots parfaits

  3. Il faut prendre en compte une chose : les flics viendront vous mettre une lampe torche dans la figure à 3 heures du mat’ la plupart du temps parce que quelqu’un les a appelés. Donc paradoxalement, les coins à privilégier sont les parkings (pas les Vinci hein, mais le parking d’une plage, d’un parc naturel ou le point de départ d’un GR), les zones loin des habitations isolées (c’est eux qui flippent le plus que des manouches viennent leur voler leurs poules) ou les bords d’une route peu fréquentée

  4. Vous aussi vous flippez. Les bruits de moteur, de pas, les voix, les lumières. Tout ce qui rôdent autour de votre camion devient une menace potentielle. C’est pour ça que lorsque vous arrivez sur un spot, saluez tout le monde (ceux qui reviennent de la plage ou ceux qui vont y dormir) d’un bonjour ou d’un signe de la main. C’est con mais ça permet de dire « on vient en amis ». C’est une sorte de hobo code moderne.

Au lac Sainte-croix-en-Verdon, c’est un petit chemin en gravier qui nous mènera directement sur le parking en terre donnant sur une plage isolée. On y boira une bouteille de blanc en contemplant les oiseaux agiles chasser les insectes qui affleurent la surface du lac. L’air est calme, les nageurs et les familles sont tous partis. C’est le moment où la nature se réveille et où on est seul avec elle.

Quelques échalotes marinées dans l’huile d’olive pour attendrir et parfumer la chair du bar, des légumes du soleil qui grillent et au dessus de nos têtes, des écureuils qui n’ont pas sommeil et des étoiles qui veillent.

 

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Réveil sur les rives du lac Sainte-Croix

 

Faits notables :

  • Les énormes moustiques sont ceux qui font le plus peur, mais pas ceux qui piquent
  • Les petits moustiques doivent mourir

 

Le lac Sainte-Croix-du-Verdon
Le lac Sainte-Croix-du-Verdon

 

 

 

Au petit matin nous allons nous laver dans le lac tandis que notre voisine quinquagénaire – qui dort dans son camping car avec ses deux chiens – met son canoë à l’eau et part fendre les flots avec ses deux compagnons à bord.

Note pour plus tard : acheter un canoë (et adopter des chiens).

 

La Palud-sur-Verdon

Nous continuons notre route en remontant les gorges du Verdon. La Palud est un haut lieu de chemins de randonnée, de canyoning et de voies d’escalade. A partir du village commence une boucle praticable en voiture et baptisée « route des crêtes ». Nous décidons de l’emprunter pour y dénicher notre emplacement pour la nuit. Cette petite départementale serpente entre les crêtes des gorges du Verdon. Le chemin est jonché de belvédères qui permettent d’admirer la vue et, nous le comprenons bien vite, de garer son camion ou son camping-car pour y passer la nuit. Nous contemplons les profondes vallées et la dentelle des crêtes quand soudain, au détour d’un virage en dévers : un a-pic vertigineux. La vue qui s’ouvre soudain en panoramique provoque un vertige instantané, le cœur fait un bon avec l’impression que le sol et tous ses repères se mettent à glisser et à se faire avaler par le gouffre. C’est une sensation de perte de contrôle – non pas du véhicule – mais de son corps et de son esprit. Remis de nos émotions, nous trouvons un belvédère accueillant à l’entrée d’un tunnel et nous commençons à sortir table, chaises, salade, basilic, fromage et vin rouge.

Les crottes de chèvres au sol ne nous alertent pas plus qu’un simple « oh il doit y avoir des chèvres dans cette montagne »

Lorsque nous les voyons dévaler la piste tels les Daltons non plus, pas plus de vigilance qu’un « trop bien ! des chèvres ! »

Puis quand le bouc de tête – affublé d’une tumeur de la taille d’un ballon de foot sur le côté droit de la gueule – se détache du groupe et accélère le pas pour venir droit vers nous, tête baissée : là j’avoue c’est la panique.

 

Rien de les effraie. Je crie, je fais des mouvements brusques, je lève une chaise comme un dompteur de lion. Elles me regardent comme si j’étais fou. Elles commencent alors leur oeuvre : avaler absolument tout ce qui est comestible sur cette table. Elles ne feront qu’une bouchée du basilic, renverseront le vin, mangeront le pain et le fromage de chèvre (!). Enfermé dans le camion, nous les regardons, impuissants, accomplir leur besogne.

Après avoir tapé « faire fuir chèvre sauvage » dans Google, je tente d’ouvrir la fenêtre et d’imiter l’aboiement d’un chien. Il n’y a malheureusement aucune trace vidéo de ce moment gênant et qui plus est absolument inefficace.

Repues, ces sales bestioles commencent une à une à se coucher autour du camion. On en profite pour sortir sur la pointe des pieds et remballer tout ce qu’on peut.

Il est totalement impossible de rester ici. D’abord car les chèvres ont apporté avec elles toute une nuée d’insectes volants et piquant (guêpes, taons, mouches plates) et ensuite car il n’y a aucun doute qu’une fois la nuit tombée, ces animaux à cornes se transforment alors en suppôts de Satan.

On décide donc de se remettre en route pour nous installer 600 mètres en contrebas et admirer le coucher du soleil sur les gorges en finissant la bouteille de vin.

Coucher du soleil bien sale en HDR désolé il fallait que j'en place un
Coucher du soleil bien sale en HDR désolé il fallait que j’en place un

 

Faits notables :

  • Tel le trappeur, toujours repérez les signes de la vie animale : des crottes, beaucoup d’insectes ? Barrez-vous.
  • On est loin d’une prise électrique depuis un moment, et on va le rester encore un peu. Pour pouvoir recharger nos appareils en roulant, on s’est procuré un petit convertisseur de tension, qui transforme les 12V d’un allume-cigare en 220V d’une prise normale. Sur ce modèle en plus il y a deux ports USB alors c’est oui.

 

Le lendemain matin, nous nous réveillons sans avoir déplorer aucun incident de type ovin et c’est tant mieux. On décide de se faire une randonnée de 6h qui débute dans le village abandonné de Châteauneuf-les-Moustiers puis traverse les montagnes et les gorges afin d’agrémenter cette marche sous 35°C de quelques baignades dans les rivières. Là je vous mets pas toutes les photos car on s’est peut-être un peu baigné tout nu.

 

Annot

Après avoir vu tous ces grimpeurs, on se dit que nous aussi on aimerait bien tâter du rocher. Malheureusement, on a que nos chaussons : pas de cordes, pas de baudriers et surtout le flemme d’en louer. On entend parler d’Annot par la guide de La Palud quand on lui demande où on peut faire du bloc. Annote (prononcez le T final) est un peu plus loin dans les gorges et possèdent un site géologique surprenant : d’énorme blocs de grès sont dispersés un peu partout sur le territoire. On se met donc en route.

Nous élisons domicile à l’entrée d’une forêt domaniale. La nuit tombe déjà et nous devons encore nous doucher (rappel : une journée de rando dans les pattes) : il nous suffira d’une bouteille d’1,5 litres d’eau à deux. Ce sera notre nouvel étalon, 75cl d’eau, voilà qui suffit à laver un corps.

On se couche avec les bruits de la forêt et un magnifique ciel étoilé au dessus de la tête.

Si tu vois rien c'est à cause de la luminosité de ton écran désolé
Si tu vois rien c’est à cause de la luminosité de ton écran désolé

Nous nous rendons le lendemain sur la piste d’Argenton : un chemin de gravier qui serpente à travers la forêt avec un gros dénivelé positif, le camion chauffe un peu à fond de 1ère. Au milieu des pins surgissent d’énormes blocs de grès comme déposés là par des géants, le site est magnifique, le topo incompréhensible et nous n’avons pas de crashpad. Peu importe, nous prenons les matelas du camion, le hamac et établissons un camp au milieu d’une formation de 3 ou 4 énormes blocs. Il n’y a personne et heureusement : le grès est friable et les voies difficiles. Je m’arrache les avant-bras et les cheveux pour passer 2 voies de débutant.

Fait notable :

  • Si vous aimez le camping, chiller dans des parcs, pêcher et que sais-je encore, faîtes moi le plaisir de vous payer un hamac en toile parachute, 2 bouts de corde et 2 mousquetons : ça coûte rien, pèse 10 grammes, ne prend pas de place et ça sert toujours.

Arles

Passage express par Arles pour voir les copains, faire un bout d’expo, bien bouffer et bien boire.

Expo Ben Bishof
Expo Ben Bishof

 

Saint-Quentin La Poterie

Nous voici enfin vers Uzès, pour célébrer l’union de Julie & Robin. On s’y fait des copains, on boit beaucoup et on mange la meilleure côte de bœuf de notre vie accompagné d’un Saint-Emilion 1986. On a les joues roses, on rit et on passe la dernière nuit dans notre camion.

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Fin de l’épisode 1

Notre road trip touche à sa fin, j’espère avoir partagé avec vous toutes les astuces de cette manière de voyager. Si vous aimez la liberté, l’indépendance, la nature et les grands espaces, je ne connais pas de meilleur moyen pour combiner tout ça. A titre d’exemple, chacune des étapes de ce voyage à été décidée la veille pour le lendemain, en fonction des envies et des caprices. Et ça c’est quand même très très cool. Pour info, le trip nous a coûté 360€ à 2 (180 chacun pour les cancres au fond) en se faisant quand même un peu plaisir sur les restos.

La prochaine fois j’emporte juste une canne à pêche et un canoë en plus (et des chiens).

Maintenant posez-moi vos questions et je vous répondrai tel le vieux sage de la montagne.

12 thoughts on “La Provence en van

  1. J’ai rêvé, j’ai ri, j’ai acheté un van (et un hamac j’ai bien compris !), je suis presque parti, mais avant super cool cet article !

  2. Hello sylvain,

    Je me demandais avec quoi tu prends tes photos ?
    Elles sont très belles !
    Et très bon article, ça donne envie 🙂

  3. Salut Camille et merci 🙂

    Pour les photos, les formats 16/9 sont généralement prises avec mon smartphone (Nexus 5X) et pour les formats 4/3 c’est le Canon 550D.

  4. Merci pour la ballade c’était bien cool ! Et quels bons aménageurs de véhicule utilitaire que font tes parents ! Moi j’en suis encore au stage pinces à linges sur de la corde pour faire des rideaux dans mon grand break australien mais c’est pas grave ça marche quand même.
    Vivement la suite
    (et je plussoie pour les ienchs)

  5. Ce road trip est une nouvelle illustration que la stratégie d’évitement de la mer et de la plage est une valeur sûre pour de bonnes vacances !

    Sinon, je rigole bien en imaginant la tête de Daz lorsque tu ramèneras tes chiens pour enregistrer Studio 404

    cheers

  6. en voilà une bonne idée au lieu de se taper le train et les inconvénients des retards à attendre bêtement sur le quai à marchander avec un vendeur à la sauvette des bijoux originaux que je ne porterai même pas, là on est dans la productivité, ma copine a toujours voulu faire koh lanta en plus!

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