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Road Trip USA I : Californie
1ère partie d'un road trip sur la côte ouest des Etats-Unis à la fin de l'été 2016
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Je l’aurais fait traîner celui-là.

Mon premier voyage aux Etats-Unis.

Le projet est simple : San Francisco – Vancouver en 19 jours, du 23 août au 11 septembre 2016.

On le sait à l’avance : les étapes vont être courtes, la route longue. Je vous propose un récit en plusieurs épisodes. Celui-ci raconte le début du voyage : la Californie.

 

From California to British Columbia on Roadtrippers

 

La préparation

L’idée de longer toute la côte ouest en van en dormant sur les parkings de Walmart est séduisante. Malheureusement, il est pratiquement impossible de récupérer un van à un point A et de le dropper à un point B si septentrional (ça veut dire « au nord », je l’ai lu dans un livre). Nous nous rabattons donc sur la location d’un SUV de type japonais à récupérer à l’aéroport de San Francisco et à rendre à celui de Portland, OREGON (entraînez-vous à la prononciation « pwaurtlannd’auwegone »). Nous finirons le voyage en train.

Nous emportons :

 

San Francisco

En toute honnêteté : le mood est bizarre. C’est peut-être dû au jetlag, peut-être parce qu’on a une voiture à gérer dans une circulation que l’on ne connaît pas ou parce que l’on sait que l’étape est courte mais on arrive pas trop à apprivoiser la ville.

Notre premier trajet depuis l’aéroport nous amène d’ailleurs directement à Oakland parce que pourquoi pas ? J’ai toujours voulu visiter cette ville depuis Sim City 2000 et son scénario d’incendie. Non c’est faux, on a pris la mauvaise bretelle. Assaillis par la faim nous échouons lamentablement dans un lugubre restaurant chinois avant de retenter notre chance dans l’autre sens.

Le truc qui m’a le plus éclaté, c’est de camper dans la baie de SF. Le Kirby Cove Campground est situé quasiment au pied du Golden Gate, en face de San Francisco (côté Sausalito) attenant à une plage sur laquelle s’élève un vieux bunker. Une balançoire bricolée à la main s’élance au dessus du sable et les nuits sont troublées par les petits cris des ratons-laveurs, les hurlements des coyotes et ceux de la corne de brume de la baie. Vous êtes en pleine nature, à 15 minutes en voiture d’une des plus grosses villes de la côte ouest. C’est drôle, non ?

La vue depuis le Kirby Cove Campground

 

Je ne connais pas la ville mais j’ai quelques points d’intérêt personnels à visiter en pèlerinage : la boutique de Topo Designs et l’Internet Archive. La première matinée sera dédiée à ces deux lieux à forte connotation religieuse ainsi qu’à l’achat d’une carte SIM AT&T. Le vendeur ne comprend rien et je passe 45 minutes à configurer le hotspot à sa place.

 

Mes mains tremblent d’émotion, je recouvre la vue et marche à nouveau.

 

 

Après avoir payé mes respects et vidé une partie de mon compte en banque, je peux entièrement m’en remettre à mon guide, en la personne de Flore.

 

Très très très original

 

Notre circuit nous emmène de Fillmore à Castro puis à Bernal Heigts en passant par Mission et SoMa.  Le lendemain nous allons de Downtown au Pier39 puis nous dévalisons un REI afin de s’équiper pour Yosemite.

Passées les curiosités touristiques (le tram, la maison bleue de Maxime le Forestier, les sealions du Pier, …) la ville nous semble sensiblement impersonnelle. La circulation et le fait que n’importe quel lieu un peu à la mode soit immédiatement bondé y est certainement pour quelque chose. Je reste sur l’impression que San Francisco est une ville hyper sociale dans laquelle il faudrait rester bien plus longtemps pour en explorer tout le potentiel.

Pour sociabiliser plus (et boire un peu avec les locaux), on décide de passer notre dernière nuit dans un hôtel miteux de Folsom. On en profite pour sortir au F8, un énorme club dans lequel on tombe sur le beau Pek avec qui l’on dansera une partie de la nuit.

 

 

Santa Cruz

Gueule de bois. Direction Santa Cruz où l’on rejoint un ami que Flore a rencontré pendant la campagne de Bernie Sanders. Mike est un activiste impliqué dans la vie politique de son patelin, dans sa « communauté » comme on dit beaucoup ici.

 

Mike nous a accueilli à Santa Cruz dans sa colocation pendant 2 nuits. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi gentil et hospitalier. . Il a consacré l’intégralité de ses deux journées à nous trainer dans sa vieille Toyota BacPac dont la moquette est jonchée de différentes couches d’objets et papiers qui témoignent de son histoire à la manière des couches sédimentaires en géologie. . Par dessus les photos de cuisine datant de l’époque où il travaillait aux fourneaux s’accumulent des flyers et pancartes aux couleurs de Bernie Sanders, qu’il a suivi jusqu’à Washington, DC. La couche la plus récente est parsemée de documents officiels de la ville de Santa Cruz, dans laquelle il s’implique politiquement en tant que bénévole pour davantage de mesures sociales et environnementales. . Demain, la nouvelle couche de cette moquette témoignera peut être de son implication dans une Foster House, une pension pour orphelins. . Thank you @chunkymike and keep with the good vibes.

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Pour ralier Santa Cruz depuis San Francisco, il y a le chemin le plus court – la super highway 280, il y a aussi celui qui passe par Mountain View, Palo Alto et Cupertino – la 101 le long de la baie, et puis il y a la route du cruise : la highway 1, régulateur de vitesse et album de Mac Demarco en regardant les vagues de l’océan Pacifique qui viennent lécher la côte.

Santa Cruz, Santa Cruz… plutôt Santa Cruise amarite?

Très mauvaise vanne.

A Santa Cruz, Mike est le meilleur guide du monde. Il habite une baraque de banlieusard typique de la côte ouest, avec son porche pour stooper et un coloc fumeur de pétard qui joue à Fifa toute la nuit.

 

En train de stooper

 

Pendant 2 jours et 2 nuits il nous emmène dans sa Toyota pourrie faire tout un tas d’activités urbaines et natures : balade en forêt de séquoia le long d’une voie ferrée jusqu’à une petite crique, manèges sur le Broadwalk (Fireball, je te maudis), bières dans un bar avec des jeux traditionnels, visite d’un campus suspendu en pleine forêt, ramassage de fraises dans une ferme en libre service, session d’ecstatic dance dans une salle des fêtes, footing et yoga sur la plage pour finir en apothéose : escapade nocturne sur le site de moonrock pour mater les étoiles avec son meilleur pote qui n’est autre que le sosie blanc de Donald Glover.

Taille plus humaine, densité plus faible, espace, nature, commutable à vélo : si vous voulez mon avis, Santa Cruz est bien plus Red Hot Chili Pepper que San Francisco, whatever does that mean.

 

Yosemite

Nous partons à la fraîche pour Yosemite. Je sais déjà que ça va être un moment fort du voyage pour moi, je place le parc assez haut dans mes attentes. Je suis fasciné par ses parois et son histoire depuis le visionnage du documentaire Valley Uprising (lien Netflix) produit par The North Face sur les débuts de la culture de la grimpe. Initié par le même courant hippie qui inspira les pères fondateurs de la culture internet, ce mouvement contestataire est né dans les contreforts de El Capitan et Half Dome, notamment au Camp 4, ce camp de base new age aux relents de bière chaude, de sueur et de haricots en boîte. Bien avant que Yosemite Valley ne devienne l’un des parcs les plus visités par les American Families, bien avant le petit train qui fait le tour de la vallée et les bus de touristes, bien avant les hôtels et les chalets construits dans la vallée.

Aujourd’hui Camp 4 est toujours un camping sans voiture, premier arrivé premier servi, paradis des backpackers et autostoppeurs.

A la recherche des blocs dans la Yosemite Valley

Sur la route, nous nous arrêtons au Walmart pour faire le plein de provisions. Gigantesque hypermarché posé au milieu de nulle part, hyper choix invraisemblable, linéaires titanesques. L’aberration est telle que même le capitalisme détourne le regard devant cet enfant mal-né.

L’entrée dans Yosemite est savamment mise en scène. La route semble avoir sciemment été détournée pour passer sous des ponts naturels formés par des blocs de granit. Si Disneyland était un parc naturel, il s’appellerait Yosemite. On roule entre les arbres en évitant les cars de touristes japonais, lorsque entre deux pins émerge El Capitan. Aucune photo prise du sol ne peut rendre justice à ce colosse taillé dans la montagne et à sa paroi verticale et lisse qui fait rêver les alpinistes du monde entier. La perspective est biaisée mais le cerveau ne s’y trompe pas.

 

Un emplacement dans un camping à Yosemite

Tous les campings dans lesquels nous avons séjournés proposent une organisation similaire : une zone aplanie pour la tente, une table de picnic en bois que l’on peut déplacer, un fire pit pour faire un barbecue et un casier en métal. Parfois il faut laisser son véhicule sur un parking à l’entrée, parfois l’emplacement peut l’accueillir.

Les feux de camp sont donc autorisés, entre 17h et 10h du matin. L’allumage des feux dans la vallée est impressionnant : à partir de 18h, alors que le soleil entame sa dernière course, les rayons rasant la vallée viennent mourir dans la fumée des brasiers naissants. On lève alors la tête pour distinguer les parois de granit poli à travers les aiguilles de pins et les rais de lumières. C’est pas mal.

 

 

Après un dîner expérimental à base de haricots rouges et de galettes, nous décidons de la randonnée que nous allons faire le lendemain puis nous emportons quelques bières pour nous mettre à la recherche d’un bloc à grimper. Nous en trouvons un juste à côté du camping, de l’autre côté de la route, sur lequel nous faisons quelques pas.

 

Bloc de granit poli par une lointaine ère glacière – Yosemite

 

Après avoir vidé la voiture et la tente de toute nourriture et produits cosmétiques odorants, nous rangeons le tout dans le casier, censé nous éviter une attaque d’ours inopinée.

Le lendemain nous nous dirigeons en voiture vers le départ du Four Mile Trail – qui comme son nom l’indique est une randonnée de 4,8 miles (7,7km) qui part de la vallée jusqu’à Glacier Point, soit 1 000m de dénivelé. Ça grimpe un petit peu et ça devient difficile quand la chaleur se fait ressentir mais ce chemin à la particularité de proposer une superbe vue de la vallée et de El Capitan sur la première moitié, puis de Half Dome sur la seconde. Puisque nous n’avions qu’une seule journée de rando, c’était le bon compromis.

Et autant vous dire qu’on en a pris plein la gueule.

Face à El Capitan à l’ouest
Face à Half Dome à l’est

 

Est-ce qu’on est habillé pareil ? Probablement. Est-ce qu’on a fait exprès ? Pas certain.

 

 

A Glacier Point, c’est l’invasion des touristes venus en car et en voiture qui prennent tous la même photo de Half Dome. On est fier d’avoir fait le trail et on repart dans l’autre sens après une bonne glace.

•••

Nous reprenons la route au coucher du soleil pour un autre camping, toujours dans le parc national,  mais nous quittons la vallée de Yosemite. Nous arrivons au Tamarack Flat, camping en libre service au milieu de la forêt. Une cagnotte à l’entrée permet de payer le camping sur le gage de la bonne foi, comme beaucoup d’endroit dans les pays scandinaves, ça on sait faire. Ce qu’on ne savait pas par contre, c’est qu’il fallait accrocher un récépissé sur la borne de son emplacement. D’ailleurs, lorsqu’on s’est installé sur cet emplacement dont le ring fumait encore, nous n’avions pas vu qu’un papier rose était épinglé à la borne. Ce qui nous a valu un réveil un peu abrupte d’un local de l’étape. Assis sur une buche à l’entrée de notre tente, les phares de son pickup dans ma gueule, il nous a expliqué posément mais sur le ton de la réprimande qu’on était sur son spot. Smiley gêné, smiley touriste.

 

Tahoe

Nous continuons notre percée de la Sierra Nevada septentrionale à travers Yosemite pour atteindre notre prochaine destination le Lac Tahoe. Sur le chemin nous faisons comme beaucoup d’Américains : on s’arrête soudainement sur le bas-côté pour aller profiter d’un coin paisible pour boire un café et faire une sieste. C’est ce que nous faisons à Tenaya Lake. Hamac, yoga et baignade, puis nous repartons.

 

Nous appelons Tim avec qui nous avons rendez-vous. Lui aussi était volontaire dans la campagne de Bernie Sanders, à Carson City. Tim est un vieux hippie barbu qui taille et assemble des vitraux pour gagner sa vie. Mais il a d’autres passions : les sources d’eau chaude, l’apéro et le naturisme. Il nous donne donc rendez-vous aux Travertine Hot Springs à côté de Bridgeport : un petit désert de soufre avec vue sur la Sierra. Ce lieu réunit tous les hobbys de Tim : entretenir les sources le zgeg à l’air, avec toujours sa glacière à portée de main.

 

Nous traînons une bonne partie de l’après-midi dans les sources avec lui, en plein cagnard, avec heureusement un pot d’écran solaire Manda pour nous protéger du soleil. C’est Benoît, de la boutique Sovaje qui nous l’a envoyé avant de partir en nous expliquant qu’on serait bien content de l’avoir avec nous, il avait raison. D’ailleurs si vous voulez vous équiper avec des produits cools et éthiques, on a un code de réduction de 40% jusqu’à la fin du mois de juin :

SDFY40

 

Pour rejoindre Carson City, Tim insiste pour qu’on échange de voiture. Je longe donc la frontière entre la Californie et le Nevada au volant d’un vieux cabriolet japonais. Quelques kilomètres plus loin, il nous fait signe de stopper sur le bord de la route. Nous enjambons les fourrés, puis un cadavre de biche, pour nous retrouver au bord d’un ruisseau qui, très franchement,  compte tenu de la route proche et du cadavre que l’on vient d’enjamber, ne donne pas trop envie de s’y jeter. Roulée au bec et pénis aux quatre vents, Tim plonge.

 

Tim est dans son élément

 

Pas le temps de poser nos affaires dans sa maison que Tim nous fait monter dans son pick-up direction le lac Tahoe pour voir le coucher du soleil. Là, assis sur un rocher à contempler ce lac grand comme une mer et les montagnes du Nevada sur l’autre rive, nous dissertons sur les légendes amérindiennes du lac, Trump, les étoiles du ciel, Bernie Sanders et la majijuana. Tim a sorti sa glacière et nous prépare des ti’ punch.

Le coucher de soleil sur Taohe Lake

 

Le lendemain nous nous levons de bonne heure pour aller pagayer sur le Lac. A trois dans un canoë, nous nous dirigeons vers Cave Rock, une grotte millénaire censée abriter les esprits des premiers hommes. Au diable les instructions de la marina sur le fait de ne pas dépasser la bouée blanche.

Direction Cave Rock !

Nous appelons, nous prions, mais personne ne répond. Il n’y a aucun esprit dans cette grotte, la légende est fausse. Sur le retour, nous nous permettons une petite halte dans une crique. Il y a des paillettes d’or dans l’eau. Nous nous prélassons. Encore une fois, la pâte Manda offerte par Benoît de Sovaje nous sauve la mise.

La matinée s’achève, il est temps de pagayer pour rendre le canoë. Et puis sans prévenir, la houle se lève. Tim panique un peu et nous conseille de nous dépêcher, moi je me dis qu’on est sur un lac, on ne risque rien. Et puis le courant s’intensifie, le vent est contre nous et des vagues commencent à se creuser pour de vrai. Au loin deux scooters des mers semblent quadriller la zone : ils nous cherchent, nous trouvent, se parlent au talkie-walkie. Un bateau de type hors-bord vient à notre rencontre et nous fait monter à bord. On finit carrément par embarquer le canoë. Les vagues sont tellement grandes que le bateau saute à chaque fois qu’il casse une crête. Peut-être que les esprits de Cave Rock se sont vexés ? On reste penaud, persuadé qu’on va se faire engueuler sévère. Une fois sur la terre ferme, Tim, comme un gamin pris en faute, se défile et nous envoie rendre les gilets et récupérer la caution ! De retour à la voiture, il nous demande comment ça s’est passé : la responsable de la marina s’est confondue en excuses et nous a offert la location. Elle a eu bien plus peur que nous, finalement.

Pour se faire pardonner, Tim nous prépare notre picnic une fois à la maison. Sa spécialité : pain de mie, banane, miel et beurre de cacahuète. « Et c’est encore meilleur après une journée entière dans une glacière ».

 

 

Whiskeytown, Trinidad, Red Wood et la Lost Coast

Notre prochaine grande étape, c’est Portland. En attendant le plan est simple : tracer d’ouest en est pour retrouver la côte Pacifique, puis la longer plein nord. On fait étape à Whiskeytown, dans un petit camping en bord de lac (je kiffe désormais totalement les lacs). Fraîchement freelance, je profite de la soirée pour travailler un peu.

 

Le lendemain, nous rejoignons la côte à hauteur de Trinidad, une ville de pêcheurs au faux airs de port scandinave qui sera notre point de départ pour longer la Lost Coast de Californie du Nord. C’est ainsi que les locaux ont baptisé cette partie des plages du Pacifique : toujours brumeuse, toujours abandonnée, la température chute brutalement.

Ce climat humide est propice au développement des forêts de grands séquoia rouges : nous visitons le Red Wood National Park pour enlacer ces géants d’écorce pourpre, témoin de la forêt primaire, ce genre de mastodonte si imposant qu’ils ont besoin des incendies naturels pour ne pas étouffer.

 

Lost Coast

 

Nous quittons la Californie après une petite balade dans le Fern Canyon, lieu de tournage de Jurassic Park, afin de rendre hommage à Steven Spielberg dans cette superbe vidéo en slow motion. Ce soir, nous dormons en Oregon.

 

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  1. Très cool ton trip, cela sera sympa d’avoir une idée du coût du séjour (au cas ou on aurait une envie de le faire 😉

  2. Petite question matériel, tu as emporté quoi comme pompes pour le voyage ?