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L'Islande sans touriste, c'est encore possible
Road trip dans les Westfjords islandais en juin 2017
Sylvain comment 5 Comments

Attention j’enfonce une porte ouverte : l’Islande, ma petite île d’amour, est devenue le disneyland des tour operator. J’en parlais précédemment dans ce billet : le développement du tourisme lié au fameux stop over des compagnies aériennes locales a défiguré les paysages naturelles de la Terre de Feu et de Glace. Tous ? Non, une poignée de spots incroyables résistent encore et toujours à l’envahisseur. Compte tenu de l’influence de ce blog, je pense pouvoir les révéler dans ce billet sans craindre de transformer l’île toute entière en parking à bus.

 

Il paraissait inconcevable que je ne fasse pas découvrir les charmes de l’Islande à la personne qui partage désormais ma vie, même s’il est triste de se dire qu’elle ne pourra jamais découvrir l’île de la même manière que moi. Jamais elle ne pourra voir les plages de Vik quasiment désertes. Impossible aujourd’hui qu’elle puisse filmer un timelapse à Jökulsárlón sans qu’un touriste n’apparaisse sur les images. Illusoire également d’espérer n’avoir rien qu’à soi ce hot tub près du troupeau de rênes, à quelques mètres de la route 1.

Impossible de résister à ce petit chat

 

Mais tout espoir n’était pas perdu, c’est ainsi que je décida de voyager pour la 3ème fois en Islande, pour y visiter une zone que mes pieds n’eûment jamais foulé : les Fjords de l’Ouest. Nique sa mère la concordance des temps.

Les Vestfirðir, pour les gens du cru, correspondent à la large péninsule au nord ouest du pays. Alors que les circuits touristiques se concentrent sur la partie sud de l’île, les fjords de l’ouest – pourtant très accessibles – semblent plutôt épargnés. Pour quelles raisons ? Moins de cascades, moins de glaciers, moins de lac d’iceberg et de grottes de glace, certainement.

Très bien. En fait, je pense qu’il faut aussi faire un choix :

  • passer ses journées sur la route à s’arrêter pour trois photos sur des parkings blindés de touristes ?
  • ou profiter de routes désertes et salées, de stations services qui ne voient rarement que des chauffeurs-routiers, de plages infinies dominées par des montagnes saupoudrées de neiges éternelles ?

JE NE VEUX PAS VOUS INFLUENCER.

 

Initialement, j’étais parti sur un billet « carnet de bord », jour après jour, mais je me suis rapidement rendu compte que ça allait être très chiant pour vous comme pour moi. Je vais essayer d’être plus concis et plus fun, en mélangeant tips et anecdotes de voyage, mais surtout en ne gardant que le meilleur. La cræmú de la cræmú comme on dit là-bas.

Alors c’est parti, 7 jours, à peine, pour découvrir ce que ces fjords ont à nous offrir.

Petite vidéo résumé du voyage, j’en suis pas hyper fier mais bon à un moment il faut publier hein.

 

 

•••

 

Le mec qui me loue la voiture est censé être un particulier : j’ai trouvé un SUV via le site CarRenters, une plateforme de location de véhicule en peer à peer. Quand je reçois son mail, je me rends vite compte qu’il s’agit d’une agence. En même temps, sur son profil CarRenters, le mec avait une demi-douzaine de véhicules tous identiques. Il vient me chercher sur le parking du airbnb que nous louons dans la banlieue de Reykjavík. Il doit m’emmener à quelques bornes sur un parking pour récupérer la sienne. Ce qui me donne l’occasion de discuter quelques minutes avec lui.

Je lui explique que c’est la 3ème fois que je viens, que j’aime l’île et ses habitants. Je les trouve très polis et hospitaliers, alors qu’il y aurait de quoi devenir fou avec tous ces touristes. Il me répond qu’il y a en Islande une sorte d’hypocrisie généralisée, il utilise le terme de « unspoken hierarchy ». Comme les islandais sont tous cousins, il y a 90% de chance qu’un type que tu croises dans la rue connaisse la moitié de ta bande de pote. Tout se sait tellement vite que chacun fait en sorte d’être toujours irréprochable, de bien se comporter. Cette pression sociale empêche tout débordement. Tout ça me fait penser à la théorie urbaine du « Defensible Space« , mais je m’égare.

Nous quittons la capitale peu avant midi. J’ai tracé une map grossière des deux ou trois premières étapes, après quoi ce sera au feeling. Les deux outils les plus importants sont :

Sur ma Google Maps, j’ai quand même noté les points d’intérêt les plus importants du parcours.

Notre voyage va alterner entre bains et piscines, attractions naturelles, camping et beaucoup de route.

 

La péninsule de Snæfellsnes

 

Les colonnes de basalte de Gerðuberg.

L’Islande est un paradis pour les géologues. Ces colonnes sont impressionnantes, mais j’ai presque les mêmes dans ma Haute-Loire natale, je ne montre rien et fais mine d’être impressionné tandis que ma moitié prend quelques clichés de la formation géologique.

Les colonnes de basalte de Gerðuberg

 Piscine naturelle à Lýsuhólslaug.

Nous bravons le vent en retenant les portières de la voiture tandis que des cyclistes – la tête enrobée de papier journal – ont mis pied à terre et poussent leur monture de manière oblique. Chaque centimètre semble être arraché aux éléments. Nous attrapons nos maillots de bain et quelques minutes plus tard nous plongeons dans les bains bouillants remplies de chlorelle.

 Camping d’Helissandur

Le soleil ne se couche pas, évidemment, nous en profitons pour faire quelques photos dans le champ de lave contre lequel est adossée notre tente. Quelques prises du Tourist Pack que Poler m’a envoyé quelques semaines avant, puis au dodo.

Les falaises de Malarrif et Djúpalónssandur

L’endroit fait penser aux plages noires de Vik, les mêmes « trolls pétrifiés » hérissent la côte de basalte noir. De là, une vue imprenable sur Snæfellsjökull, le glacier vieux de 700 000 ans, posé sur un stratovolcan, qui est aussi l’entrée qu’emprunte Otto Lidenbrock, le personnage de Jules Verne dans Voyage au Centre de la Terre. Rien que ça.

Il fait chaud, il y a du soleil, peu de vent. Nous trempons nos pieds dans l’Atlantique Nord. Je suis désorienté JE NE COMPRENDS PAS.

 

Le Ravin de Rauðfeldsgjá

On retrouve dans cette faille quelque végétation typique de la côte sud. La seule différence, c’est qu’il n’y a pas un chat, à peine quelques moutons paisibles. De l’entrée du canyon, on se retourne pour embrasser un panorama incroyable. A une centaine de kilomètres au loin, on distingue encore Reykjavik.

Kirkjufell

La Montagne-Eglise, c’est un peu l’attraction numéro 1 de la péninsule. Il y a un peu plus de monde qu’ailleurs, mais on est encore loin de l’affluence des spot du sud. La preuve en est cette pose longue sans que personne ne vienne me casser les pieds. Sur le sentier qui sert de parking, 3 camping-car et 4 SUV. Franchement ça va. Si sa tête vous dit un truc, c’est normal, c’est l’arrowhead mountain dans Game of Thrones.

Kirkjufell

  Hotel Edda Laugar Saelingsdal

Situé à la sortie nord du Snaefellsnes, pas encore dans les fjords, ce spot est une petite perle. Laug signifie piscine. Dès que vous voyez un panneau avec Laug dessus, c’est bon signe. Ne vous fiez pas à « Hotel » : ce n’est pas parce qu’il y a bâtiment en dur qu’il n’y a pas également un campsite. On résume : niché au pied d’une petite colline, un camping avec son propre hot pot : la Guðrúnarlaug (le bain de Gudrun), mentionné dans les sagas islandaises écrites au 13e siècle. C’est vous dire si vous prenez un bain d’Histoire ! Ha ! Excellent !

 

« I won’t answer your fucking email »

Une publication partagée par sylvain paley (@sylvainpaley) le

 

Les Vestfirðir

 

 La plage de Rauðasandur

Si vous êtes un peu saxons, vous avez vite calé comment on forme les mots en islandais. Ici Rauð veut dire rouge et Sandur signifie sable. Oh oui. La route pour rejoindre ces plages est un peu vénère pour les cœurs pas bien accrochés. Gravel road à flan de falaise, déversantes dans le ravin : il vaut mieux avoir un SUV à ce moment du voyage. Jusqu’ici la route dans les fjords était magnifique, néanmoins tranquille. L’approche de Rauðasandur réveille un peu, mais quel spectacle. Imaginez la baie du Mont St Michel fois 1000, des falaises incroyables, des prés salés, des moutons et une église posée là comme Kanye West n’aurait jamais pu la chanter. Et toujours ce soleil insolent. C’est bien simple : l’auto-stoppeur qu’on avait embarqué ne veut plus remonter avec nous, il décide de rester là.

  Flókalundur et Hellulaug

Le camping de Flókalundur surplombe l’océan et offre une vue magnifique sur le Snæfellsjökull par temps dégagé (oui, ce soleil, je comprends pas). Accessible avec une petite marche de 15 minutes, assez caché, le hot tub de Hellulaug est un trou d’eau chaude pratiquement dans la mer. A ce point de l’histoire, vous avez certainement compris que l’objectif du voyage est de se laver uniquement dans les piscines et les hot tub. En partant du camping nous prenons notre seconde auto-stoppeuse.

vue sur le Snæfellsjökull

 Les cascades Dynjandi

Arrêtons de faire les hipsters deux secondes : voyager en Islande sans voir une seul cascade, c’est vraiment con. Heureusement, au cœur des westfjords dévale Dynjandi, une série de 7 cascades qui s’étale sur 100 mètres. De quoi faire le plein d’embruns.

 Les jardins de Skrudur

Pas réellement indiqué sur les cartes, Skrudur est un jardin botanique absolument désert mais très entretenu. Créé il y a un siècle mais réhabilité récemment pour permettre aux écoliers des villages environnants de découvrir une végétation qu’ils n’ont pas forcément l’habitude de voir (genre des arbres, déjà). La route qui mène au jardin offre une des plus belles vues sur Dyrafjordur.

Dyrafjordur

 Sundlaugin á Flateyri

La piscine de Flateyri, tranquille et loin des touristes. Les locaux y viennent se baigner, sont surpris de voir des Français se balader par là. Pas besoin de se baigner dans la partie couverte, le soleil est encore et toujours là pour nous lécher le visage. C’est de plus en plus bizarre si vous voulez mon avis.

Thingvellir, le petit village de pêcheur

 Tungudalur

Malgré l’absence de source d’eau chaude, le camping est encore une fois incroyable : de la colline qui le surplombe, dévale une cascade qui se transforme en rivière. Son lit vient couper le camping en deux. Nous plantons notre tente sur sa rive et retrouvons notre seconde auto-stoppeuse, lâchée après Skrudur Garden.

 65°49’51.7″N 22°37’43.8″W

Débrouillez-vous avec votre GPS, ce hot tub n’a pas de nom. D’après ce que les locaux nous ont expliqué sur la route, c’est un spot privé mais le type qui l’entretient est sympa sous son allure rustre. Nous ne l’avons pas croisé. Peut-être le meilleur spot du voyage, toujours plus loin de la civilisation, ce bac fumant donne directement sur le Mjolfjördur et sa petite maison au toit rouge. Seul bémol, le temps s’est enfin gâté mais bon, on va pas commencer à faire les difficiles. Nous avons récupéré une troisième auto-stoppeuse sur la route, c’est donc en équipe que l’on se prélasse dans l’eau chaude de cette piscine naturelle.

 Strandagaldur

Attention moment culture. Dans le petit village d’Holmavik se trouve le Musée de la Sorcellerie islandaise. Au delà des trucs plutôt délirants et photogéniques que l’on y trouve, le musée retrace tous les procès d’inquisition du pays. On apprend un bout de l’histoire islandaise par un autre angle, celui des luttes politiques et religieuses, où le procès et la mise à mort d’un individu accusé d’un quelconque rite païen, semblait surtout servir de prétexte officiel à des règlements de compte, sur fond de mission catholique de conversion des autochtones. Pas joli joli tout ça.

 Sauðfjársetur á Ströndum

Encore de la culure ! Yeah ! Mais de la culture douce comme de la laine : le musée du mouton ! Beaucoup (trop ?) de choses à lire. Mais là encore, l’élevage est une part très importante de la culture de l’île, qu’elle se rapporte directement au travail des bergers, au commerce de la laine ou même à des traditions plus profondes comme celle qui consiste pour une famille de la ville à envoyer ses enfants dans des fermes chaque été. Si vous y allez à la saison des naissances vous pourrez peut-être nourrir les agneaux. Pour nous c’était compromis, mais il y a de délicieuses glaces maisons au lait de brebis alors bon.

 

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C’est au moment où l’Islande commence à ressembler à l’Islande – brumeuse, pluvieuse, venteuse – que notre séjour s’achève. Si le dark Sylvain en moi est un peu déçu de ne pas s’être fondu dans le brouillard islandais, les souvenirs me rappellent à la raison : un temps comme celui que nous avons eu est exceptionnel. C’est au bon endroit, au bon moment que nous nous sommes trouvés, et il est fort probable que nous ne reverrons jamais ça de notre vie.

Les fjords de l’ouest sont vraiment une expérience de l’Islande encore épargnée. Une expérience que l’on veut partager mais pas trop, que l’on veut faire découvrir sans risquer de révéler le joyaux qu’elle représente. J’ai l’espoir que le manque de cascade et de geyser puisse lui garantir encore longtemps ce relatif anonymat.

Je termine ces lignes juste avant d’embarquer pour Reykjavik, mais seulement pour une escale cette fois. Il n’empêche que je sais très bien, au fond de moi, que je reviendrai encore et encore. Quand on a ce pays dans le sang, décidément, c’est dur de l’oublier.

 

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Point matos (et liens d’affiliation)

En terme de matériel, c’est un tiers camping, un tiers froid et pluie, et un tiers road-trip. On va donc retrouver des choses dont on a déjà parlé ici et .

  • Une tente et tout ce que l’on met dedans (après un long benchmark, j’ai choisi celle-ci pour le poids et la compacité)
  • Pour le duvet, prenez un truc épais, genre « confort 0°C », les « nuits » sont quand même assez froide.
  • Dormez en collants, t-shirt, chaussettes (la marque VARMA, vendue sur place dans toutes les stations services, est idéale et locale) et bonnet : vous perdez la chaleur par les extrémités
  • Le « nécessaire » à roadtrip déjà évoqué ici : convertisseur de tensionhotspot wifi, …
  • Un bon ciré et un gros pull, des chaussures de marche chaude
  • Pas de frontale ou autre leds, le soleil ne se couche pas

 

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  1. Pour le lieu sans nom, Google Maps propose Hörgshlíðarlaug. Et un allemand explique où trouver le proprio pour lui demander l’autorisation.

  2. Yo,
    je déteste tes vidéos, elles sont beaucoup trop violentes. C’est quoi la musique ? Elle est cool.