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Le freelancing selon Marx
J'ai enfin trouvé ma place dans la société, il n'y a plus qu'à attendre le revenu universel
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Il y a quelques mois, mon ancien employeur, un groupe de presse, m’a contacté pour intervenir dans un format court qui a lieu tous les lundis matin. Le thème imposé : venir parler de mon travail.

Comme je voyais un peu venir le truc, qui consistait à répondre à la question : tu fais quoi depuis que t’es freelance et comment ça se fait qu’on dirait que t’es toujours en vacances ? J’ai décidé de balayer d’entrée de jeu le mythe du digital nomad qui travaille là où le vent le mène, tant qu’il y a une prise de courant et une connexion internet.

Même si – entre nous – c’est quand même un peu vrai.

Non : j’en ai plutôt profité pour mettre à plat mes convictions et mes idées quant à mon rapport à la notion de travail. Rappelez-vous, j’en avais déjà un peu parlé ici. A l’époque, je n’étais encore qu’un bébé freelance qui tâtonnait pour comprendre un peu dans quoi il avait mis les pieds. Depuis j’ai mûri, en tant que « travailleur » mais également en tant que citoyen, et je pense être capable de poser vulgairement les bases de ce que j’estime être ma place dans le marché du travail.

Comme il serait dommage que ce talk se perde sur un coin de disque dur, je vous propose de vous l’exposer ici.

Faut-il gagner sa vie ?

La grande question qui m’a toujours animé pendant mon adolescence et qui m’anime encore aujourd’hui en tant qu’adulte, c’est celle là. Pour moi la notion de travail a toujours revêtu un aspect très péjoratif. Et ce ne sont pas les années Sarkozy, avec le culte de « la valeur travail » et le « travailler plus pour gagner plus », qui m’ont vacciné contre ce complexe. Pour vous donner un exemple, je ne supporte pas la sacralisation de l’entrepreneur et de tout le decorum de la notion de succès qui l’accompagne. Le combo Rolex + citation de Steve Jobs + quarantenaire blanc qui fronce les sourcils parce que la vie c’est sérieux, ça me fait éclater de rire à tous les coups (puis ça me donne la nausée car je me rappelle soudain qu’il y a un paquet de paumés qui estiment que c’est un modèle de vie valide).

Au delà du non-sens philosophique de la formule « Faut-il gagner sa vie ? », il y a la question de ma place sur le marché du travail, la question de la survie de mon mode de vie. Je ne suis pas décroissant (pas encore ?), je suis un produit de la société de consommation et je travaille dans la publicité. Aujourd’hui, je ne peux pas répondre « non » à cette question et me barrer en Ardèche pour construire une ferme en permaculture.

Comme beaucoup d’entre nous donc, je vis dans un paradoxe que je dois m’efforcer de comprendre, analyser et accepter avec un code d’éthique qui va avec.

Il existe un certain nombres de philosophes / économistes / sociologues avec lesquels je suis plutôt alignés quand il s’agit de concevoir dans quel modèle je m’inscris. Stiegler, Friot, Lordon par exemple, ont la particularité de construire un discours du travail marxiste avec lequel je suis plutôt en phase.

 

Travail ≠ Salariat

Par exemple, Bernard Stiegler dit « L’emploi est mort, vive le travail ».

De mon côté, j’ai toujours fait des trucs à côté de mon emploi. J’ai 31 ans, et je suis autoentrepreneur depuis 2010, donc depuis mes 22 ans.

Lorsque je travaillais au sein de ce groupe de presse, j’ai parallèlement :

  • Lancé Kimd, une application mobile
  • Géré une activité de créations de site internet et de community management
  • Co-fondé une entreprise de production de podcast (et un podcast sur le numérique)
  • Conçu et dispensé une formation sur les réseaux sociaux
  • Accompagné un tour de France des jeunes entrepreneurs
  • Intervenu dans des conférences sur divers sujets d’expertise, de la pub à la gamification
  • Géré un blog sur des réflexions personnels et des voyages

C’est bien entendu cette activité parallèle qui m’a permis de me lancer en indépendant par la suite.

Mais c’est surtout grâce à tout ça que j’ai lentement réalisé qu’il existait le salariat, l’emploi, et la notion de travail en général. Et qu’il était possible de travailler en dehors de son emploi.
Pour la majorité des gens qui me lisent, il y a environ zéro nouveauté dans ce que je raconte, mais il faut comprendre que pour une grande partie de la population – nos parents par exemple – le travail commence à 9h et termine à 18h, et ce qu’il y a entre les deux, ce n’est pas du travail. Sauf que le futur, il ne ressemble pas vraiment à ça.

 

La « croissance », le « plein-emploi », « inverser la courbe du chômage » : Ça n’arrivera jamais. 🤖

Je fais un peu de l’économie de comptoir, mais on est tous d’accord pour dire que le marché du travail tire sacrément la gueule. Au delà du taux de chômage, je lis régulièrement dans une super Veille et dans un super Podcast comment la technologie bouleverse l’économie et l’emploi. Demain les voitures autonomes remplaceront peut-être les taxis, mais aujourd’hui, les algorithmes sont déjà en train de récupérer vos jobs. Oui les vôtres.

Alors on essaye de trouver des « valeurs ajoutées de l’humain » à des métiers qui n’en n’ont pas, on prévoit des grands plans de reconversion (les américains parlent de reformation), mais la vérité c’est qu’une machine elle ne remplace pas un homme, elle remplace un métier, donc potentiellement des centaines voire des milliers d’êtres humains.

Le futur c’est plein de belles choses, mais c’est surtout beaucoup plus de chômage.

Pour caricaturer un peu, il y a deux écoles pour envisager ce futur :

  • Penser encore et toujours que les entreprises et les grandes fortunes tirent l’économie vers le haut, créent des emplois et relancent la croissance, c’est la vision capitaliste du travail que je pense irréaliste à moyen terme, mais écoutez pourquoi pas, hashtag ruissellement
  • Ou assumer le fait que toutes ces choses n’arriveront pas, et qu’il faut trouver un modèle alternatif. Comme le revenu de base, le revenu universel ou le salaire à vie.

Je vais pas débattre de comment on met en place ce genre de chose, je suis pas économiste (c’est facile, je sais), je laisse le soin à Bernard Friot d’en parler par exemple, vous pouvez le taper dans Google y’a plein de conférences (et c’est pas le seul).

Par contre, je vais vous dire comment j’imagine ma place dans cette société et comment ma position de freelance m’y prépare.

 

Travail = activité, rémunérée ou non.

C’est là qu’intervient la définition marxiste du travail.

Je vais prendre un exemple très simple. Vous faîtes le ménage dans votre appartement : 4h à passer l’aspirateur, faire la poussière, la vaisselle, passer la serpillière, récurer la douche et faire les vitres. Vous n’êtes pas payés. Donc vous considérez que ce n’est pas du travail. La société considère que ce n’est pas du travail.

Maintenant imaginez un homme ou une femme de ménage, qui fait le ménage chez vous. Exactement les mêmes 4h passées à faire exactement les mêmes activités. Cette personne est payée, vous considérez donc que cette personne travaille. La société considère que cette personne travaille.

Dans les deux cas, l’activité est la même, ce qui change c’est notre rapport au capital.

Et si on se disait que lorsque vous faîtes le ménage vous travaillez ? Et si on se disait que lorsque vous publiez des stories sur Instagram vous travaillez (pour Facebook mais pas seulement) ? Et si on se disait que lorsque vous donnez à votre pote entrepreneur des conseils sur sa communication autour d’un café vous travaillez ?

Voilà exactement comment je conçois le travail : n’importe quelle activité, pourvu qu’elle crée de la valeur (pas forcément monétaire, de la valeur pour mon bien-être, pour aider quelqu’un, pour ma réputation, pour divertir, …) est considérée comme du travail. Si vous avez organisé vous-même votre mariage vous savez de quoi je parle.

Partant de ce principe, et en imaginant qu’il existe un revenu de base pour rémunérer toutes ces activités qui ne le sont pas habituellement, voilà ma place dans la société : travailler pour moi et pour les autres, créer de la valeur qui n’est pas forcément du capital, travailler moins, travailler mieux.

Je suis l’inverse de Nicolas Sarkozy (et un peu de Macron aussi).

C’est pour ça qu’aujourd’hui, j’ai une activité qui me permet de gagner de l’argent (planneur stratégique en freelance) et tout une tripotée d’autres activités qui ne me rapportent pas un rond, qui me prennent un temps fou, mais qui ont de la valeur sous une autre forme. Mes tests de sac à dos sur YouTube, mes photos et vidéos de voyage, les podcasts, l’écriture, etc.

En guise de conclusion, je vous partage mon nouveau motto qui remplace « travailler mieux, pour pas être fatigué » dans le précédent article, il exprime bien mon approche hybride du travail :

Tendre un hamac entre deux deadline

 

La suite de cette intervention consistait à montrer des exemples concrets de mes activités, mais si vous êtes sur ce blog, c’est que vous me connaissez un peu déjà. Si ce n’est pas le cas, faîtes un tour sur SylvainPaley.cool et suivez-moi sur Instagram et Twitter et vous aurez un aperçu quasi-exhaustif du genre de choses que je fais au quotidien.

J’attends vos réactions par rapport à tout ça et rappelle à toutes fins utiles qu’il s’agit d’une opinion, que je ne détiens pas la vérité. Je viens juste de vous exposer mon « code éthique » qui me permet de survivre dans mon paradoxe (et dans cette société de malade).

Peace

 

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  1. J’ai 19 ans et je suis étudiant dans le multimédia. Comment on peut nous prêter les c*uilles avec les start up et les agences de design « non mais vous devez apprendre à vous vendre, votre objectif c’est d’intégrer une grande agence » alors que bah quand je vois mon père cravacher comme un ouf j’ai pas envie de faire pareil, quitte à gagner que dale je préfère avoir plus de temps dans ma vie et pouvoir faire masse de choses. Pas envie d’être exploiter par un patron même si il vient au taf en short et qu’il me high five pour me dire bonjour.
    Franchement merci, j’essais de mettre des mots sur ma vision du travail et mon objectif de future vie active et c’est exactement ce que tu viens de faire ! Et c’est très rassurant pour un jeune qui voit à qu’elle point le marché du travail n’est pas tout rose et qui n’a pas pour objectif d’acheter une rolex aussi.