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Comment j'ai été dégoûté du porn
Et si le réalisme était le fantasme ultime des enfants du porn ?
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Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

https://soundcloud.com/studio404/studio404-f-vrier-th-matique

 

Puisqu’on est là pour se confesser, je vais tout vous dire. Ma première masturbation (et la je vous regarde chacun votre tour dans les yeux, like a boss), ce n’était pas sur internet, c’était devant une cassette de playboy, une VHS : pas de pénétration, pas de gros plans, juste une américaine plantureuse qui faisait de l’autostop en minishort en jean.

Et bien ça m’a largement suffit. Et longtemps j’ai recommencé : même VHS, même blonde, même marque de voiture.

Les enfants si vous nous écoutez, la masturbation est une drogue lorsqu’on est ado : il en faut toujours plus. Moi et ma génération avons eu une chance inouïe : internet et tous ses vices sont arrivés à l’exact moment où l’on en avait besoin, au climax de notre sexualité, lorsque nos besoin masturbatoires étaient tendus vers l’horizon des fantasmes (je citerai Clement le Nolife dans le célèbre reportage d’arte “c’est pas de ma faute si internet est rempli de truc de cul !”)

Si j’ai fait un putain de lobby auprès de mes parents pour avoir l’adsl, c’était d’abord pour jouer à Counter Strike, mais aussi pour télécharger du porn sur Kazaa (je renommais les fichiers en .mp3). Pareil pour la premiere box. C’est bien l’escalade technologique qui pousse l’escalade des usages et des contenus, qui pousse l’escalade de la branlette, de ma branlette, de vos branlettes.

Et puis, tel Max Payne au sommet de son gratte-ciel, j’ai vu mon adolescence défiler sur la bande passante de ma vie : des noms d’actrice, des sociétés de production, un business, des scénarios de merde, un jeu d’acteur pourri, des cris d’animaux, des simulations, des visages masqués par une camera lorsqu’il croise le miroir de la salle de bain, du hardcore. En trois mots :

Plus de trique.

Peut-être que je suis vieux, peut être que j’ai muri, peut-être que j’ai découvert les femmes et les corps qui tressaillent entre mes mains…

Toujours est-il qu’aujourd’hui je ne consomme presque plus de porn, et lorsque je cherche un support masturbatoire, je suis en quête de réalisme. Une camera cachée, une sextape, une webcam, une fille qui jouit sans gueuler, un homme qui râle sans jurer, des corps qui se tendent et qui tremblent. C’est bien simple, le moindre élément artificiel me fait débander, du coup je scrute les visages, les reflets dans les miroirs, les jumpcut, le maquillage, la simulation etc.

Je me complais dans un porn sensible, un loveporn.

J’y retrouve une nouvelle quête, celle de trouver la perle rare, le tag parfait comme disent les spécialistes, je veux du vrai, je veux m’y croire, me projeter, je veux mater des couples qui se trouvent et qui s’oublient dans la passion, pour que je puisse m’oublier également. Mais est-ce vraiment du porn finalement ?

Alors je vous pose la question : as-t-on vraiment besoin de cette surenchère bestiale ? N’y a t il pas tellement de contenu que l’on a perdu le sens du sexe ? Vous arrive-t-il encore de vous masturber sous la douche, juste en fermant les yeux et en fantasmant sur une fille ? Moi oui.

Du podcast porn réalisme société numerique st valentin studio404

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