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La dictature des metrics
Cette avalanche d’indicateurs qui finit par changer la façon dont on se comporte
Sylvain comment 0 Comments

Chaque mois, le Studio 404, l’émission de société numérique, discute et analyse les effets du numérique sur nos vies, nos mœurs et nos comportements. Je publie ici la chronique rédigée pour l’émission, ça évite qu’elle pourrisse dans le cloud de Google.

 

https://soundcloud.com/studio404/studio404-mars2013-mars-google

 

On a produit en 2012 plus de données qu’en 500 ans. La moindre activité sur internet produit de la donnée, on le sait bien (un clic, un affichage de page web, un like, un formulaire, etc. etc.). Toutes ces datas déboulent en flux tendu, c’est un raz de marée qu’on essaye d’abord de maitriser, puis d’exploiter. Mais internet, ce n’est plus seulement votre navigateur, c’est aussi votre smartphone, votre smartwatch, vos Google Glass, votre Toyota Prius, votre réfrigirateur, votre fourchette même.

Tout ça produit de la donnée à foison.

On se rend compte que cette avalanche d’indicateurs finit par changer la façon dont on se comporte, c’est à double tranchant. Comme un double décimètre, à la fois maitre et étalon : je peux m’en servir pour tracer un trait droit ET pour vérifier qu’un trait est droit. On commence inconsciemment à surveiller les données et à ajuster nos activités pour se conformer à des objectifs dictés par les machines.

On a toujours aimé se mesurer et se comparer, que ce soit pour savoir qui court le plus vite ou qui a la plus grosse. On a toute une série d’indicateurs de performance qui nous permettent de transposer ça sur le web, que ce soit le nombre de followers, le nombre de like, le klout…

Les objets connectés et les capteurs en tout genre (gps, accéléromètres, sondes de température) nous permettent maintenant de tout mesurer en permanence. Je sais combien de distance j’ai parcouru entre le travail et la maison, combien de calories j’ai brulé en montant ces escaliers, comment a évolué mon poids depuis 3 mois… on mesure tout, partout, tout le temps et mieux encore on arrive à rendre ça sexy, miam les beaux graphiques, miam les jolies dataviz.

Jusqu’à maintenant, ces données etaient simplement “informatrices” de mes pratiques. Mais j’ai l’impression que l’omniprésence de la mesure est en train de faire un putsh sur notre libre arbitre. Nous entrons dans l’ère de la dictature des metrics, on devient tous des quantified self, et ça va finir par nous rendre complètement dingue : on devient les coachs insupportables de notre propre vie.

Courir dans la forêt pour le plaisir de se dépenser c’est terminé, il y a cette voix robotique qui interromps votre playlist pour vous annoncer un FIFTY. KILOMETER. AVERAGE PACE. FIVE. MINUTES. PER KILOMETER. AVERAGE SPEED. TWELVE. KILOMETER. PER HOUR. Et merde, vous dites-vous, c’est en dessous de vos perfs habituelles, il faut absolument augmenter cette foulée.

Pire encore à mon sens, Nike a finit par effacer les unités – seul élément encore un peu rationnel dans cette histoire. Un algorithme convertit toutes les données en Fuel, des points que l’on accumule pour scorer, pour se comparer aux autres. Le concours est permanent, et votre dossard est bien visible autour du poignet, mais les performances sont complètement déconnectées de la réalité puisque masquées par un indicateur abstrait.

Ne va-t-on pas finir comme ces traders, obsédés par les chiffres, à manipuler des sommes d’argents colossales sans s’en rendre compte ? A jouer avec des indicateurs logiques qui permettent des relations de cause à effet très claires ? Si j’appuie là, ça fait ça, si je pousse ce curseur, ça fait baisser celui-ci. Et hop. Je viens de mettre 100 familles américaines à la rue.

A force de mettre le monde en nombre (le numériser), j’ai peur qu’on finisse par agir sur lui comme on le fait avec un jeu vidéo. Alors je vous pose la question : la vie, c’est pas des jauges de pipi et de vie sociale comme dans les Sims, si ?

 

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